Assurance loyer impayé (GLI) : conditions, délais et pièges
9 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat
Assurance loyer impayé (GLI) : ce qu'il faut vérifier avant le bail, comment déclarer le sinistre à temps, et les clauses qui privent le bailleur de garantie.
L'assurance loyer impayé, ou GLI, est un contrat que vous souscrivez seul : elle vous indemnise si le locataire ne paie plus, dans les limites de votre police. Elle interdit d'exiger en plus une caution, sauf pour un étudiant ou un apprenti. Elle peut être refusée si le locataire ne remplissait pas, à la signature, les conditions de solvabilité du contrat, ou si vous déclarez le sinistre trop tard. Lisez exclusions et déchéances avant de choisir votre locataire, pas après.
Une assurance loyer impayé (GLI, pour garantie des loyers impayés) rassure, et c'est son rôle. Mais c'est un contrat d'assurance comme un autre : il couvre ce qu'il dit couvrir, aux conditions qu'il fixe. Un refus d'indemnisation peut tenir à un dossier de location incomplet, à une déclaration tardive ou à une garantie cumulée sans le savoir, alors même que la dette est incontestable. Voici comment éviter ces écueils.
Ce qu'est une assurance loyer impayé (GLI)
La GLI est un contrat d'assurance de dommages. Vous la souscrivez directement auprès d'un assureur ou par l'intermédiaire de votre administrateur de biens, qui peut vous faire adhérer à un contrat de groupe. Aucune loi ne vous oblige à en souscrire une.
Son contenu varie d'un contrat à l'autre. Selon les polices, on y trouve la prise en charge des loyers et charges impayés, des frais de procédure et parfois des dégradations ou une protection juridique. Chaque garantie a son plafond, sa durée et, le cas échéant, sa franchise ou son délai de carence. Seul votre contrat fait foi : conditions générales, conditions particulières, et la notice d'adhésion si vous passez par un gestionnaire.
La prime est à votre charge. Elle ne figure pas dans la liste des charges récupérables fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987 : vous ne pouvez pas la refacturer au locataire.
GLI et caution : l'interdiction du cumul
Demander une caution en plus d'une GLI est une erreur qui coûte cher. L'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 est clair : le cautionnement « ne peut pas être demandé, à peine de nullité, par un bailleur qui a souscrit une assurance, ou toute autre forme de garantie, garantissant les obligations locatives du locataire, sauf en cas de logement loué à un étudiant ou un apprenti ».
La sanction frappe la caution, pas l'assurance. Si vous avez une GLI et que vous avez fait signer un acte de caution, la caution pourra en obtenir l'annulation et ne rien payer. Les règles propres au garant figurent dans notre guide sur l'acte de cautionnement du bail.
Une caution poursuivie a soutenu que son engagement était nul parce que les bailleurs auraient souscrit une garantie de loyers impayés. Les bailleurs ont produit leur mandat de gestion et les comptes rendus de gérance, qui montraient l'absence de GLI : la cour a rejeté la demande de nullité (CA Paris, pôle 4, ch. 4, 30 juin 2026, RG n° 24/09841).
Deux leçons en découlent. Si votre gestionnaire vous a fait adhérer à une GLI, ne demandez pas de caution. Et si vous n'en avez pas, conservez de quoi le prouver. La même logique vaut pour Visale : ses conditions interdisent toute autre garantie sur les mêmes risques. Notre guide sur la garantie Visale en cas de loyer impayé détaille ce dispositif gratuit.
Avant le bail : vérifier la solvabilité exigée par le contrat
Une partie décisive du dossier se joue avant l'entrée du locataire. Votre contrat fixe des conditions de solvabilité, par exemple un rapport minimal entre les revenus et le loyer, et la liste des justificatifs à recueillir. Si le locataire ne les remplissait pas le jour de la signature, l'assureur peut refuser sa garantie.
Trois règles encadrent cette étape :
- Vous ne pouvez demander que les pièces autorisées. L'article 22-2 de la loi de 1989 renvoie au décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015, qui fixe la liste des justificatifs exigibles du candidat et de sa caution. Un manquement est passible d'une amende administrative pouvant atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
- Vous devez répondre exactement à l'assureur. L'article L. 113-2 du code des assurances impose de répondre exactement aux questions posées lors de la souscription et de déclarer en cours de contrat les circonstances qui aggravent le risque.
- La fausse déclaration intentionnelle annule le contrat. Selon l'article L. 113-8 du même code, le contrat est nul en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque.
La Cour de cassation a validé cette sanction dans une affaire de loyers impayés : une société bailleresse n'avait pas déclaré à son assureur un second bail, signé quinze jours après le premier, au profit d'autres locataires aux revenus différents. La cour d'appel y a vu une réticence intentionnelle ayant changé l'objet du risque, et la Cour de cassation a approuvé la nullité du contrat d'assurance (Cass. 2e civ., 16 juin 2022, n° 20-20.745, publié au Bulletin).
Gardez donc, pour chaque locataire, le dossier complet tel qu'il était à la signature. C'est ce que l'assureur peut vous demander au premier impayé.
Assurance loyer impayé : déclarer le sinistre à temps
L'article L. 113-2, 4°, du code des assurances vous oblige à déclarer tout sinistre dès que vous en avez connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. Votre contrat définit aussi ce qu'est le sinistre : par exemple un nombre d'échéances impayées, parfois précédé d'une relance ou d'une mise en demeure.
| Étape | Ce que vous faites | Ce qui la règle |
|---|---|---|
| Premier impayé | Relance, vérification du décompte | Votre contrat, le cas échéant |
| Fait générateur du sinistre | Mise en demeure recommandée si le contrat l'exige | Conditions générales |
| Délai contractuel | Déclaration à l'assureur, avec le bail et le dossier du locataire | Art. L. 113-2, 4° : cinq jours ouvrés au minimum |
| Après la déclaration | Commandement de payer, selon les instructions de l'assureur | Art. 24 de la loi de 1989 |
Une déclaration tardive n'entraîne pas automatiquement la perte de la garantie. La déchéance, c'est-à-dire la perte du droit à indemnisation, n'est possible que si le contrat la prévoit, en caractères très apparents (article L. 112-4), et si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice. Elle ne peut pas non plus être opposée lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure.
Dans une affaire de loyers impayés, la cour d'appel avait écarté la déchéance faute de préjudice démontré. La Cour de cassation a censuré : les juges devaient rechercher si le retard de quatre mois n'avait pas aggravé le risque financier de l'assureur, en retardant d'autant la procédure de résiliation et d'expulsion qu'il s'était engagé à conduire (Cass. 3e civ., 9 avril 2026, n° 24-12.608, inédit).
Dans cette même affaire, le contrat avait été souscrit par l'agent immobilier, mandataire du bailleur. Si votre GLI passe par votre gestionnaire, vérifiez qui déclare le sinistre et dans quel délai. Et écrivez-lui dès le premier impayé : notre guide sur la mise en demeure pour loyer impayé vous donne la marche à suivre.
Exclusions, déchéances, plafonds : lire le contrat avant le sinistre
Trois notions se confondent souvent et n'obéissent pas aux mêmes règles.
- L'exclusion retire du champ de la garantie certaines situations. Selon l'article L. 113-1 du code des assurances, elle doit être « formelle et limitée » : claire, précise, et ne pas vider la garantie de sa substance. La Cour de cassation vient de préciser que, lorsqu'une clause énumère plusieurs exclusions, le caractère formel s'apprécie pour chacune ; l'annulation de l'une n'emporte pas celle des autres, sauf si elle en affecte la compréhension (Cass. 2e civ., 17 septembre 2026, n° 25-12.441, publié au Bulletin).
- La déchéance sanctionne un manquement de l'assuré après le sinistre, comme une déclaration tardive. Elle aussi doit figurer en caractères très apparents.
- Le plafond, la franchise et le délai de carence limitent l'indemnisation sans la supprimer. Ils s'appliquent dès lors qu'ils sont prévus au contrat.
Avant de signer un bail, relisez au moins quatre points de votre police : les conditions de solvabilité, le délai de déclaration, les exclusions et la durée maximale d'indemnisation par sinistre.
Après l'indemnisation : l'assureur prend le relais
L'assureur qui vous indemnise est subrogé dans vos droits, à concurrence de ce qu'il a payé (article L. 121-12 du code des assurances). Selon les contrats, c'est lui qui conduit alors la procédure, par ses propres avocats et commissaires de justice, du commandement de payer jusqu'à l'expulsion. Votre contrat précise qui choisit les professionnels et qui avance les frais.
Restez cohérent avec lui. Le même article prévoit que l'assureur peut être déchargé, en tout ou en partie, lorsque la subrogation ne peut plus s'opérer par votre fait. Un accord passé seul avec le locataire, une remise de dette ou un départ négocié sans prévenir l'assureur peuvent vous être reprochés. Prévenez-le avant toute décision.
Surveillez enfin vos propres délais. Votre action contre l'assureur se prescrit par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance (article L. 114-1). Une lettre recommandée avec accusé de réception adressée à l'assureur au sujet du règlement de l'indemnité interrompt ce délai (article L. 114-2). Contre le locataire, pour la part non indemnisée, c'est le délai de trois ans de la loi de 1989 qui court : voyez notre guide sur la prescription des loyers impayés.
Les erreurs qui coûtent cher
Exiger une caution alors qu'on a souscrit une GLI. Louer à un candidat qui ne remplit pas les conditions de solvabilité du contrat. Ne pas déclarer un changement de locataire ou un nouveau bail. Laisser passer le délai de déclaration. Négocier seul avec le locataire après l'indemnisation. Oublier que l'action contre l'assureur se prescrit par deux ans.
À cela s'ajoutent les réflexes de base, valables avec ou sans assurance : un décompte exact, aucune pénalité ni frais de relance réclamés au locataire, aucune pression illégale. Ils sont rappelés dans notre guide sur le loyer impayé : les 30 premiers jours.
GLI ou Visale : comment choisir
Le choix se fait avant la signature du bail, car les garanties ne se cumulent pas.
| Critère | Assurance loyer impayé (GLI) | Visale |
|---|---|---|
| Nature | Contrat d'assurance | Cautionnement d'Action Logement |
| Coût | Prime annuelle à votre charge | Gratuit |
| Qui peut en bénéficier | Selon les conditions de l'assureur | Locataire titulaire d'un visa Visale |
| Durée | Selon le contrat | Trois premières années du bail, 36 mensualités au plus |
| Caution en plus | Interdite, sauf étudiant ou apprenti | Interdite |
| Point de vigilance | Solvabilité, exclusions, délai de déclaration | Calendrier de déclaration, avenant au bail |
Hors garantie, le coût des actes de procédure figure sur notre page tarifs. expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents. Les étapes suivantes sont réunies dans la rubrique Impayés de loyer de nos guides.
En résumé
Une assurance loyer impayé (GLI) protège le bailleur qui a choisi un locataire conforme au contrat, qui n'a pas demandé de caution en plus et qui déclare le sinistre dans les délais. Le reste se lit dans la police, avant le premier impayé. Pour faire le point sur votre dossier et sur la suite de la procédure, répondez à notre diagnostic.
Questions fréquentes
- Puis-je demander une caution si j'ai souscrit une assurance loyer impayé ?
- Non, sauf si le logement est loué à un étudiant ou à un apprenti. L'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 interdit d'exiger un cautionnement lorsque le bailleur a souscrit une assurance garantissant les obligations locatives, à peine de nullité du cautionnement.
- Dans quel délai dois-je déclarer un loyer impayé à mon assureur ?
- Dans le délai fixé par votre contrat, qui ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés. Une déclaration tardive ne vous fait perdre la garantie que si le contrat prévoit cette déchéance et si l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice.
- L'assureur peut-il refuser de payer parce que le locataire n'était pas solvable ?
- Oui, si votre contrat subordonne la garantie à des conditions de solvabilité ou à des pièces que vous n'avez pas vérifiées à la signature. Relisez ces conditions avant de choisir le locataire et conservez le dossier complet qu'il vous a remis.
- Puis-je refacturer la prime de GLI au locataire ?
- Non. La prime d'une assurance loyers impayés ne figure pas dans la liste des charges récupérables fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Elle reste à la charge du bailleur.
- Combien de temps ai-je pour agir contre mon assureur s'il refuse de payer ?
- Deux ans à compter de l'événement qui donne naissance à l'action, selon l'article L. 114-1 du code des assurances. Une lettre recommandée avec accusé de réception adressée à l'assureur au sujet du règlement de l'indemnité interrompt ce délai.
Sources
- Loi du 6 juillet 1989, article 22-1 (interdiction du cumul) — Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 22-1
- Code des assurances, article L. 113-2 (déclaration du risque et du sinistre) — C. assur., art. L. 113-2
- Code des assurances, article L. 113-1 (exclusions formelles et limitées) — C. assur., art. L. 113-1
- Code des assurances, article L. 113-8 (nullité pour fausse déclaration) — C. assur., art. L. 113-8
- Code des assurances, articles L. 114-1 et L. 114-2 (prescription biennale) — C. assur., art. L. 114-1 et L. 114-2
- Code des assurances, article L. 121-12 (subrogation de l'assureur) — C. assur., art. L. 121-12
- Déclaration tardive du sinistre et préjudice de l'assureur — Cass. 3e civ., 9 avril 2026, n° 24-12.608 et 24-13.070, inédit
- Nullité d'une GLI pour réticence intentionnelle du bailleur — Cass. 2e civ., 16 juin 2022, n° 20-20.745, publié au Bulletin
- Caractère formel de chaque exclusion apprécié séparément — Cass. 2e civ., 17 septembre 2026, n° 25-12.441, publié au Bulletin
- Nullité du cautionnement invoquée pour cumul avec une GLI — CA Paris, pôle 4, ch. 4, 30 juin 2026, RG n° 24/09841
- Décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 (pièces exigibles du candidat locataire) — JORF du 7 novembre 2015, NOR ETLL1515579D
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