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Actes de procédure

Assignation en expulsion du locataire : contenu et demandes

9 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

Mis à jour le .

Assignation en expulsion du locataire : mentions obligatoires, demandes principales et subsidiaires, délais à tenir avant l'audience devant le juge.

L'essentiel

L'assignation est l'acte par lequel un commissaire de justice convoque votre locataire devant le juge des contentieux de la protection. Elle doit comporter, à peine de nullité, les mentions des articles 54 et 56 du code de procédure civile. Les demandes s'emboîtent : constat de la résiliation par la clause résolutoire, à défaut résiliation judiciaire, puis expulsion, paiement de l'arriéré et indemnité d'occupation jusqu'au départ. L'acte doit être notifié au préfet au moins six semaines avant l'audience et remis au greffe au moins quinze jours avant : sinon, la demande est irrecevable ou l'assignation caduque.

Quand le commandement de payer n'a pas suffi, l'assignation ouvre le procès. C'est un acte technique : il fixe tout ce que le juge pourra vous accorder, et rien de plus. Une demande oubliée dans l'assignation en expulsion du locataire, peut coûter une audience de plus ; une formalité oubliée, une procédure entière à recommencer.

Ce guide décrit le contenu de l'acte, les demandes à formuler et l'ordre dans lequel les présenter, puis les délais à tenir jusqu'à l'audience.

Qui assigne, et devant quel juge ?

L'assignation est un acte de commissaire de justice : c'est lui qui la signifie, c'est-à-dire la remet au locataire selon des formes précises. Sa rédaction peut être confiée à un avocat, mais l'avocat n'est pas obligatoire : devant le juge des contentieux de la protection, les parties sont dispensées de constituer avocat (article 761 du code de procédure civile). Si vous ne comparaissez pas vous-même, votre représentant doit être un avocat ou une personne de l'article 762 (conjoint, parent proche notamment) munie d'un pouvoir spécial.

Le juge des contentieux de la protection connaît des actions dont un contrat de louage d'immeubles à usage d'habitation est l'objet, la cause ou l'occasion (article L. 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire). Il siège au tribunal judiciaire ou, pour certaines communes, dans un tribunal de proximité : voir le guide sur le tribunal compétent pour l'expulsion.

Deux voies existent. Le référé permet d'obtenir rapidement le constat de la clause résolutoire et une provision sur l'arriéré, à condition que l'obligation ne soit pas sérieusement contestable (article 835). Le fond permet au juge de trancher toutes les contestations. Le juge des référés peut renvoyer l'affaire au fond : c'est ce qu'avait fait le tribunal de proximité de Colombes dans une affaire jugée en appel par la cour d'appel de Versailles le 17 février 2026 (RG n° 25/00805). Le choix se fait avec le professionnel qui suit le dossier.

Les mentions obligatoires de l'assignation en expulsion du locataire

L'article 54 du code de procédure civile exige, à peine de nullité :

  1. l'indication de la juridiction saisie ;
  2. l'objet de la demande ;
  3. l'identité complète du demandeur : nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance pour une personne physique ; forme, dénomination, siège social et organe représentant pour une société ;
  4. le cas échéant, les mentions relatives à la désignation des immeubles exigées pour la publicité foncière ;
  5. lorsque la demande doit être précédée d'une tentative de résolution amiable, les diligences accomplies ou la justification d'une dispense.

L'article 56, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er octobre 2026 (décret n° 2026-683 du 27 juillet 2026), ajoute, toujours à peine de nullité : les lieu, jour et heure de l'audience ; un exposé des moyens en fait et en droit ; la liste des pièces dans un bordereau annexé ; les modalités de comparution et l'avertissement qu'à défaut de comparaître, le défendeur s'expose à un jugement rendu sur les seuls éléments fournis par son adversaire. L'assignation vaut conclusions.

La tentative amiable préalable concerne notamment, selon l'article 750-1, la demande qui tend au paiement d'une somme n'excédant pas 5 000 euros. Si le locataire est parti et que seul l'arriéré reste en jeu, vérifiez ce point avant d'assigner.

Avec l'assignation, le commissaire de justice remet aussi au locataire un document informatif prévu par le décret n° 2017-923 du 9 mai 2017. La Cour de cassation a jugé que ce document n'est pas un acte de procédure au sens de l'article 114 du code de procédure civile (3e chambre civile, 8 février 2024, n° 22-24.806, publié au Bulletin) : il ne relève pas du régime des nullités de forme des actes.

Les demandes de l'assignation en expulsion : principal et subsidiaire

Le juge ne statue que sur ce qui lui est demandé. L'assignation doit donc prévoir les demandes en cascade, de la plus simple à la plus exigeante.

RangDemandeFondement
À titre principalConstater la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire, à la date d'expiration du délai du commandementClause du bail, art. 24, I, loi de 1989 ; art. 1224 C. civ.
À titre subsidiairePrononcer la résiliation judiciaire du bail pour manquement grave à l'obligation de payerArt. 1224, 1227 et 1741 C. civ. ; art. 7, a, loi de 1989
Dans les deux casOrdonner l'expulsion du locataire et de tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publiqueCPCE, art. L. 411-1 et L. 412-1
Dans les deux casStatuer sur le sort des meubles laissés sur placeCPCE, art. L. 433-1 et suivants
PaiementCondamner au paiement de l'arriéré arrêté à une date, avec intérêts au taux légalArt. 7, a, loi de 1989
PaiementFixer une indemnité d'occupation mensuelle jusqu'à la libération effective des lieuxOccupation sans droit ni titre après la résiliation
AccessoiresCondamner aux frais de procédure (article 700) et aux dépens, coût du commandement comprisCode de procédure civile

Le constat de la clause résolutoire

Lorsque le commandement de payer est resté infructueux pendant six semaines, ou pendant le délai stipulé dans un bail plus ancien, la résiliation est acquise de plein droit : le juge la constate et en fixe la date. Le locataire peut toutefois obtenir des délais de paiement qui en suspendent les effets, jusqu'à trois ans s'il a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience (article 24, V et VII). Le guide sur les délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire détaille ce mécanisme.

La résiliation judiciaire, en subsidiaire

Si le commandement est jugé irrégulier ou si la clause n'est pas acquise, le juge peut encore prononcer la résiliation. L'article 1224 du code civil la permet en cas d'inexécution suffisamment grave, l'article 1227 précise qu'elle peut toujours être demandée en justice, et l'article 1741 rappelle que le louage se résout par le défaut de l'une des parties de remplir ses engagements. Attention : l'article 24, IV, soumet cette demande aux mêmes formalités préalables, notification au préfet et, pour les personnes morales, saisine de la CCAPEX. Le guide SCI et expulsion d'un locataire montre ce qu'il en coûte de les négliger.

L'expulsion et l'indemnité d'occupation

L'expulsion ne pourra être exécutée que deux mois après le commandement de quitter les lieux, hors trêve hivernale. Ce délai ne s'applique pas lorsque le juge constate la mauvaise foi de la personne expulsée (article L. 412-1) : ne le demandez que si vous pouvez la prouver.

Après la résiliation, le locataire devient occupant sans droit ni titre. L'indemnité d'occupation compense l'occupation jusqu'à la remise des clés. Elle se demande habituellement à hauteur du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. La Cour de cassation a admis que le bailleur la retienne sur le dépôt de garantie lorsque le locataire se maintient dans les lieux au-delà du terme du bail (3e chambre civile, 29 janvier 2026, n° 24-20.758, publié au Bulletin). Voir le guide sur l'indemnité d'occupation après résiliation.

Si un garant s'est porté caution, assignez-le dans le même acte et demandez sa condamnation solidaire, à condition de lui avoir signifié le commandement à temps : voir le commandement de payer et la caution.

Les délais à tenir entre l'assignation et l'audience

FormalitéDélaiSanction
Saisine de la CCAPEX (personne morale autre qu'une SCI familiale)Deux mois avant la délivrance de l'assignationIrrecevabilité (art. 24, II)
Notification de l'assignation au préfet, par voie électroniqueAu moins six semaines avant l'audienceIrrecevabilité (art. 24, III)
Remise d'une copie de l'assignation au greffeAu moins quinze jours avant l'audienceCaducité (art. 754 CPC)

La notification au préfet. Elle est faite à la diligence du commissaire de justice, par voie électronique, afin qu'un diagnostic social et financier du ménage soit transmis au juge avant l'audience. Selon l'avis de la Cour de cassation du 6 novembre 2025 (n° 25-70.018, publié au Bulletin), le délai de six semaines se compte à rebours : il commence la veille de l'audience et expire le 42e jour à zéro heure, sans prorogation possible. Pour une audience fixée au mardi 15 décembre 2026, la notification doit donc intervenir au plus tard le lundi 2 novembre 2026. Gardez l'accusé de réception électronique et citez-le : le 19 mars 2026, la Cour de cassation a cassé un arrêt qui l'avait ignoré (3e chambre civile, n° 24-20.858). Voir la notification de l'assignation au préfet.

La remise au greffe. La juridiction n'est saisie que par la remise d'une copie de l'assignation. Lorsque la date d'audience est communiquée plus de quinze jours à l'avance, cette remise doit intervenir au moins quinze jours avant, sous peine de caducité. La Cour de cassation a jugé qu'une cour d'appel saisie de cette fin de non-recevoir était tenue de constater la caducité (2e chambre civile, 21 décembre 2023, n° 21-25.162, publié au Bulletin). Voir le guide sur le placement de l'assignation.

Les pièces à annexer au bordereau

  1. Le bail, ses avenants et l'état des lieux d'entrée.
  2. L'acte de cautionnement, s'il existe.
  3. Le commandement de payer et sa signification, au locataire et à la caution.
  4. Un décompte actualisé, arrêté à une date précise, avec les courriers de révision du loyer.
  5. Pour une personne morale, la preuve lisible de la saisine de la CCAPEX.
  6. L'accusé de réception de la notification de l'assignation au préfet.
  7. Pour une société, un extrait Kbis et les statuts.
  8. Les échanges avec le locataire : relances, propositions d'échéancier.

Le coût de l'assignation et de sa signification suit le tarif réglementé des commissaires de justice : consultez nos tarifs.

Les erreurs qui font perdre des mois

Oublier la demande subsidiaire de résiliation judiciaire. Demander l'expulsion sans l'indemnité d'occupation. Notifier l'assignation au préfet un jour trop tard, alors que le délai ne se proroge pas. Remettre la copie au greffe moins de quinze jours avant l'audience. Pour une société, assigner moins de deux mois après la saisine de la CCAPEX. Et produire un décompte gonflé de frais ou de pénalités, que le juge peut recalculer d'office.

Après l'assignation : l'audience et le jugement

À l'audience, le juge vérifie la régularité de la procédure, puis la dette : il peut vérifier d'office tout élément de la dette locative (article 24, V). Le locataire peut demander des délais, et le juge peut en accorder même d'office. Le jugement est exécutoire de droit à titre provisoire (article 514 du code de procédure civile). Il ne peut être exécuté qu'après avoir été notifié au locataire (article 503), puis l'expulsion suppose un commandement d'avoir à libérer les locaux (article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution). Les autres guides consacrés aux actes sont réunis dans la rubrique Actes de procédure.

En résumé

Une assignation en expulsion du locataire réussie tient en trois exigences : des mentions complètes, des demandes en cascade qui couvrent tous les cas, et des délais tenus au jour près. Pour savoir si votre dossier est prêt à être porté devant le juge, commencez par notre diagnostic. expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents.

Questions fréquentes

Faut-il un avocat pour assigner un locataire en expulsion ?
Non. Devant le juge des contentieux de la protection, les parties sont dispensées de constituer avocat. L'assignation reste un acte de commissaire de justice, et vous pouvez confier sa rédaction et l'audience à un avocat, compte tenu des formalités à respecter.
Que demander dans une assignation en expulsion ?
À titre principal, le constat de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire ; à titre subsidiaire, la résiliation judiciaire pour manquement grave. Puis l'expulsion du locataire et de tous occupants de son chef, le sort des meubles, le paiement de l'arriéré, une indemnité d'occupation jusqu'au départ, les frais et les dépens.
Combien de temps avant l'audience l'assignation doit-elle être notifiée au préfet ?
Au moins six semaines avant l'audience, à peine d'irrecevabilité. Selon l'avis de la Cour de cassation du 6 novembre 2025, ce délai se compte à rebours à partir de la veille de l'audience et ne peut pas être prorogé.
Que se passe-t-il si l'assignation est remise au greffe trop tard ?
L'assignation est caduque : elle ne produit plus d'effet et la procédure doit être reprise avec un nouvel acte. La remise au greffe doit intervenir au moins quinze jours avant l'audience lorsque la date a été communiquée plus de quinze jours à l'avance.
Le juge peut-il accorder ce qui n'est pas demandé dans l'assignation ?
Non. Le juge doit se prononcer sur tout ce qui lui est demandé, et seulement sur ce qui lui est demandé. Une demande oubliée, comme l'indemnité d'occupation, devra être présentée plus tard, au prix d'un nouveau délai.

Sources

  1. Code de procédure civile, article 54 (mentions de la demande initiale) — Version en vigueur depuis le 1er janvier 2021
  2. Code de procédure civile, article 56 (mentions de l'assignation) — Version issue du décret n° 2026-683 du 27 juillet 2026, en vigueur depuis le 1er octobre 2026
  3. Code de procédure civile, article 754 (remise de l'assignation au greffe) — Version en vigueur depuis le 14 octobre 2021
  4. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Clause résolutoire, notification au préfet, délais de paiement
  5. Code civil, articles 1224 et 1227 (résolution du contrat) — Versions en vigueur depuis le 1er octobre 2016
  6. Code civil, article 1741 (résolution du louage) — Version d'origine, en vigueur
  7. Code des procédures civiles d'exécution, article L. 412-1 — Délai de deux mois après le commandement de quitter les lieux
  8. Cour de cassation, avis du 6 novembre 2025, n° 25-70.018 — Publié au Bulletin — computation du délai de six semaines de l'article 24, III
  9. Cass. 3e civ., 8 février 2024, n° 22-24.806 — Publié au Bulletin — le document informatif remis avec l'assignation n'est pas un acte de procédure
  10. Cass. 2e civ., 21 décembre 2023, n° 21-25.162 — Publié au Bulletin — caducité de l'assignation remise au greffe moins de quinze jours avant l'audience
  11. Cass. 3e civ., 29 janvier 2026, n° 24-20.758 — Publié au Bulletin — indemnité d'occupation retenue sur le dépôt de garantie
  12. Cass. 3e civ., 19 mars 2026, n° 24-20.858 — Preuve de la notification au préfet par l'accusé de réception électronique

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