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Impayés de loyer

APL et loyer impayé : obligations du bailleur et décret 2026-84

9 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

Mis à jour le .

APL et loyer impayé : quand signaler l'impayé à la CAF, ce que devient l'aide, et ce que change le décret n° 2026-84 à compter du 1er janvier 2027.

L'essentiel

Si vous percevez l'aide au logement de votre locataire, vous devez signaler l'impayé à la CAF ou à la MSA dans les deux mois de sa constitution. Jusqu'au 31 décembre 2026, l'organisme payeur peut suspendre l'aide si le locataire ne reprend pas ses paiements. Le décret n° 2026-84 change la règle au 1er janvier 2027 : l'aide est maintenue par défaut, et seule la commission de prévention des expulsions peut la suspendre. Dans tous les cas, l'aide ne règle pas la dette : la procédure continue.

APL et loyer impayé forment un couple délicat. L'aide au logement réduit ce que le locataire doit payer, et elle peut vous être versée directement. Quand l'impayé survient, elle devient un enjeu : faut-il la signaler, risque-t-on de la perdre, faut-il la déduire de la dette ? Les règles sont fixées par les articles R. 824-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Elles changent profondément le 1er janvier 2027. Voici l'état du droit au 24 octobre 2026, et ce qui vient.

APL et loyer impayé : qui reçoit l'aide change vos obligations

Les aides personnelles au logement sont de trois sortes : l'aide personnalisée au logement (APL), l'allocation de logement familiale (ALF) et l'allocation de logement sociale (ALS). Elles sont versées par la caisse d'allocations familiales (CAF) ou, pour les assurés agricoles, par la MSA, désignées par les textes sous le nom d'« organisme payeur ».

L'APL est versée au bailleur en cas de location (article L. 832-1 du code de la construction et de l'habitation). L'allocation de logement est versée au bailleur s'il le demande, à condition que le logement respecte les exigences de décence et de peuplement du code (article L. 842-1). Dans les deux cas, on parle de tiers payant : le bailleur reçoit l'aide et la déduit du loyer qu'il réclame.

Cette distinction commande tout le reste :

  • votre décompte doit faire apparaître l'aide perçue, mois par mois. Une dette calculée sans la déduire est fausse, et le juge peut vérifier d'office tout élément de la dette locative (article 24, V, de la loi du 6 juillet 1989) ;
  • l'obligation de signaler l'impayé ne pèse que sur le bailleur qui perçoit l'aide pour le compte du locataire ;
  • avec Visale, le contrat vous oblige à demander le tiers payant dès la déclaration d'impayé. Voyez notre guide sur la garantie Visale en cas de loyer impayé.

Jusqu'au 31 décembre 2026 : l'impayé « constitué » et le signalement

L'article R. 824-1, dans sa rédaction applicable jusqu'au 31 décembre 2026, définit le moment où l'impayé est « constitué ». Le décret n° 2026-84 le remplace par une autre définition à compter du 1er janvier 2027.

SituationJusqu'au 31 décembre 2026 (R. 824-1)À compter du 1er janvier 2027 (R. 824-2 nouveau)
Aide versée au locataireDette au moins égale à deux fois le loyer et les charges mensuelsTrois mois après un premier défaut de paiement, quel qu'en soit le montant, ou dette supérieure à 450 euros
Aide versée au bailleurDette au moins égale à deux fois le loyer et les charges mensuels, aide déduiteMêmes critères
Délai pour signaler, si vous percevez l'aideDeux mois après la constitution (R. 824-4)Deux mois après la constitution (R. 824-3 nouveau)

Votre obligation aujourd'hui. Le bailleur qui perçoit l'aide doit soumettre la situation à l'organisme payeur dans les deux mois de la constitution de l'impayé, sauf si la somme a été réglée entre-temps. Il doit aussi justifier qu'il poursuit « par tous les moyens possibles » le recouvrement de sa créance (article R. 824-4). À défaut, l'article R. 824-6 renvoie aux pénalités de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale.

Le signalement ne vous dispense pas d'agir. Relancez, mettez en demeure, proposez un échéancier écrit : notre guide sur la mise en demeure pour loyer impayé détaille ces étapes.

Ce que fait la CAF après votre signalement

Depuis le 29 juillet 2023, l'article L. 824-2, modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, prévoit que l'organisme payeur saisit la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) « afin qu'elle décide du maintien ou non du versement », et engage un accompagnement social et budgétaire du ménage. Les modalités de cette réforme sont celles du décret n° 2026-84, qui n'entrera en vigueur que le 1er janvier 2027. Jusque-là, la procédure réglementaire reste celle des articles R. 824-7 et suivants, dans leur rédaction de 2019 :

  1. L'organisme payeur choisit une voie. Soit il vous renvoie le dossier pour que vous établissiez un plan d'apurement dans un délai de six mois au plus ; l'aide est maintenue si le locataire reprend le paiement du loyer courant et respecte le plan approuvé. Soit il saisit directement le fonds de solidarité pour le logement (FSL), qui a six mois pour proposer un dispositif d'apurement (article R. 824-7).
  2. Si aucun dispositif d'apurement n'est proposé dans les délais, l'organisme payeur met le locataire en demeure de reprendre le paiement courant et de rembourser chaque mois un trente-sixième de sa dette pendant trente-six mois (article R. 824-8).
  3. En cas d'inexécution, l'aide est suspendue. L'organisme payeur peut toutefois la maintenir si le locataire paie le loyer courant ou, en situation sociale difficile, au moins la moitié de ce qui reste à sa charge (article R. 824-28).
  4. Après la résiliation du bail, l'aide est maintenue tant que l'occupant paie l'indemnité d'occupation et les charges fixées par le juge, jusqu'à son départ effectif (article R. 824-14).

Pour les dettes de cent euros au plus, l'organisme payeur peut proposer une procédure de traitement spécifique, fixée par arrêté (article R. 824-10). Si l'on vous demande un plan d'apurement, rédigez-le, faites-le signer et gardez-en la preuve : un plan signé vaut aussi reconnaissance de dette, ce qui interrompt la prescription, comme l'explique notre guide sur la prescription des loyers impayés.

Ce que change le décret n° 2026-84 au 1er janvier 2027

Le décret n° 2026-84 du 12 février 2026, publié au Journal officiel du 13 février 2026, réécrit entièrement le chapitre consacré aux impayés. Il est pris pour l'application de la loi du 27 juillet 2023, dite loi Kasbarian-Bergé, présentée dans notre guide sur la loi Kasbarian et le locataire impayé. Ses principales règles :

  • Constitution plus rapide : trois mois après un premier défaut de paiement, quel qu'en soit le montant, ou dès que l'impayé dépasse 450 euros (R. 824-2 nouveau).
  • Information de la CCAPEX par l'organisme payeur dans les quinze jours de votre signalement (R. 824-4 nouveau), et même en cas de simple défaut de paiement (R. 824-5 nouveau).
  • Maintien par défaut : l'aide est maintenue, y compris après la résiliation du bail lorsque l'occupant paie l'indemnité d'occupation fixée par le juge, sauf décision de suspension de la CCAPEX (R. 824-6 nouveau).
  • Impossibilité manifeste de payer : elle ne peut être remise en cause que par une décision d'expulsion passée en force de chose jugée constatant des troubles de jouissance, ou par un document établissant la capacité financière du locataire (R. 824-7 nouveau).
  • Suspension dans des cas définis : la CCAPEX suspend l'aide lorsque la mauvaise foi du locataire a été constatée par une décision d'expulsion passée en force de chose jugée, ou par la commission de surendettement (R. 824-10 nouveau). Elle peut aussi être saisie d'une demande de suspension fondée sur l'un des deux motifs ci-dessus (R. 824-7 nouveau). La suspension prend effet le premier jour du mois suivant sa notification (R. 824-11 nouveau).
  • Tiers payant proposé au bailleur : si le locataire perçoit l'aide lui-même, l'organisme payeur vous demande si vous souhaitez la recevoir à sa place (R. 824-9 nouveau).
Entrée en vigueur et dispositions transitoires

Le décret s'applique à compter du 1er janvier 2027 aux situations d'impayé signalées à cette date. Pour les impayés déjà constitués, l'aide suspendue est rétablie sans effet rétroactif, sauf si le locataire exécute un plan d'apurement signé avant le 1er janvier 2027, amiable, judiciaire ou de surendettement, si un nouveau bail a été signé avec effet rétroactif, ou si la dette a été intégralement soldée (article 5). Le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 a corrigé plusieurs erreurs matérielles de ce texte, notamment à l'article R. 824-15 ; ces corrections entrent en vigueur à la même date.

Pour vous, l'effet pratique est double. Le maintien de l'aide devient la règle, ce qui limite la hausse de la dette. Mais son maintien n'efface rien : la dette déjà constituée reste due, et la procédure d'expulsion suit son cours.

APL et loyer impayé : où l'aide croise la procédure d'expulsion

L'aide au logement croise la procédure à trois moments, tous prévus par l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.

Au commandement de payer. Si vous êtes une personne physique ou une société civile familiale, le commissaire de justice signale le commandement à la CCAPEX lorsque l'impayé dure depuis deux mois sans interruption, ou lorsque la dette équivaut à deux fois le loyer mensuel hors charges.

Avant l'assignation, pour les personnes morales. Une société autre qu'une société civile familiale ne peut assigner qu'après un délai de deux mois suivant la saisine de la CCAPEX, à peine d'irrecevabilité. Cette saisine est réputée faite lorsque l'impayé persiste après avoir été signalé aux organismes payeurs des aides au logement. Pour une SCI non familiale, le signalement à la CAF compte donc aussi pour la recevabilité de la future demande.

Avant l'audience. L'assignation est notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience ; celui-ci fait réaliser un diagnostic social et financier : notre guide sur la notification de l'assignation au préfet en détaille le calcul.

Logement non décent : l'aide conservée par la CAF

Si l'organisme payeur constate que le logement n'est pas décent, il conserve l'allocation de logement pendant le délai laissé pour faire les travaux (article L. 843-1). Pendant ce délai, le locataire ne paie que le loyer et les charges diminués de l'aide, sans que vous puissiez demander la résiliation du bail pour ce motif. Si les travaux ne sont pas faits à temps, l'aide conservée est perdue pour vous, et vous ne pouvez pas la réclamer au locataire (article L. 843-2).

Ce que jugent les deux ordres de juridiction

Lorsque la CAF applique la procédure de conservation pour non-décence, le bailleur ne peut exiger du locataire que le loyer et les charges diminués du montant des allocations (Cass. 3e civ., 14 décembre 2023, n° 22-23.267, publié au Bulletin). La contestation du constat de non-décence relève du juge administratif, le juge judiciaire restant compétent pour en apprécier la valeur probante dans les litiges dont il est saisi (Tribunal des conflits, 4 novembre 2024, n° C4322, publié au Recueil Lebon).

Un commandement de payer qui réclamerait la part conservée par la CAF serait donc contestable. Notre guide sur le logement indécent et le loyer impayé fait le point sur ce contentieux.

Les erreurs qui coûtent cher

Cinq erreurs à éviter

Oublier de déduire l'aide perçue dans le décompte ou le commandement. Laisser passer le délai de deux mois pour signaler l'impayé. Continuer à encaisser l'aide après le départ du locataire. Réclamer au locataire la part d'aide conservée pour non-décence. Contester une décision de la CAF devant le mauvais juge.

Sur l'aide perçue à tort, le Conseil d'État a jugé que l'action de l'organisme payeur en recouvrement d'un indu d'APL se prescrit par deux ans, que l'aide ait été versée au bailleur ou au locataire, sauf fraude ou fausse déclaration (CE, 29 novembre 2022, n° 450275, mentionné aux tables). Signalez donc sans attendre tout départ, tout décès ou toute reprise des lieux. Et rappelez-vous que les recours contre les décisions prises en matière d'aides au logement relèvent du juge administratif (article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation).

Les premiers réflexes face à un impayé, aide ou pas, sont rappelés dans notre guide sur le loyer impayé : les 30 premiers jours. L'ensemble des étapes figure dans la rubrique Impayés de loyer de nos guides. expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents.

En résumé

APL et loyer impayé obéissent à un calendrier précis : signalement dans les deux mois si vous percevez l'aide, plan d'apurement écrit, et, à partir du 1er janvier 2027, maintien de l'aide par défaut sous le contrôle de la CCAPEX. L'aide aide le locataire, elle ne règle pas votre dette. Pour situer votre dossier dans la procédure, répondez à notre diagnostic.

Questions fréquentes

Dans quel délai dois-je signaler un loyer impayé à la CAF ?
Si vous percevez l'aide au logement à la place du locataire, vous devez signaler l'impayé à l'organisme payeur dans les deux mois de sa constitution, sauf si la dette a été entièrement réglée entre-temps. Jusqu'au 31 décembre 2026, l'impayé est constitué lorsque la dette atteint deux mois de loyer et charges, aide déduite.
La CAF peut-elle suspendre l'APL de mon locataire qui ne paie plus ?
Jusqu'au 31 décembre 2026, l'organisme payeur peut suspendre l'aide si le locataire ne reprend pas le paiement du loyer courant ou ne respecte pas le plan d'apurement. À compter du 1er janvier 2027, l'aide est maintenue par défaut et seule la commission de prévention des expulsions (CCAPEX) peut la suspendre, dans des cas limités.
Puis-je demander que l'aide au logement me soit versée directement ?
L'APL est versée au bailleur en cas de location. L'allocation de logement peut l'être sur votre demande, à condition que le logement soit décent. À partir de 2027, en cas d'impayé, l'organisme payeur vous demandera si vous souhaitez la recevoir à la place du locataire.
L'APL continue-t-elle d'être versée après la résiliation du bail ?
Oui, sous conditions. Jusqu'au 31 décembre 2026, elle est maintenue tant que l'occupant paie l'indemnité d'occupation et les charges fixées par le juge. À compter de 2027, elle est maintenue même après la résiliation, sauf décision de suspension de la CCAPEX.
Que se passe-t-il si la CAF estime mon logement non décent ?
L'allocation de logement est conservée par l'organisme payeur pendant le délai laissé pour faire les travaux. Le locataire ne paie que le loyer diminué de l'aide, et vous ne pouvez pas demander la résiliation du bail pour ce motif. Le constat se conteste devant le juge administratif.

Sources

  1. Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement — JORF n° 0037 du 13 février 2026, NOR VLOL2506729D
  2. Décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 (article 2, corrections du livre VIII du CCH) — JORF n° 0157 du 7 juillet 2026, NOR VLOL2534004D
  3. Code de la construction et de l'habitation, article L. 824-2 — CCH, art. L. 824-2, rédaction issue de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023
  4. Code de la construction et de l'habitation, article R. 824-1 (version applicable jusqu'au 31 décembre 2026) — CCH, art. R. 824-1
  5. Code de la construction et de l'habitation, article R. 824-4 (version applicable jusqu'au 31 décembre 2026) — CCH, art. R. 824-4
  6. Code de la construction et de l'habitation, article R. 824-7 (version applicable jusqu'au 31 décembre 2026) — CCH, art. R. 824-7
  7. Code de la construction et de l'habitation, article L. 843-1 (logement non décent) — CCH, art. L. 843-1
  8. Loi du 6 juillet 1989, article 24 — Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 24
  9. Aide conservée pour non-décence et loyer exigible — Cass. 3e civ., 14 décembre 2023, n° 22-23.267, publié au Bulletin
  10. Compétence du juge administratif pour le constat de non-décence — Tribunal des conflits, 4 novembre 2024, n° C4322, publié au Recueil Lebon
  11. Indu d'APL versé au bailleur, prescription de deux ans — CE, 5e et 6e ch. réunies, 29 novembre 2022, n° 450275, mentionné aux tables

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