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Bail et clause résolutoire

Décret 2026-596 : ce qui change dans le bail type au 1er octobre

8 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

Mis à jour le .

Le décret 2026-596 réécrit le bail type : clause résolutoire, téléphone, résidence principale. Ce qui change au 1er octobre 2026, et ce qui ne change pas.

L'essentiel

Le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 modifie les contrats types de location, vide et meublée. Il écrit dans le bail type une clause résolutoire à six semaines, ajoute le numéro de portable facultatif des parties et la mention de la servitude de résidence principale. Ces changements valent pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 1er octobre 2026. Le décret ne fixe pas le régime six semaines ou deux mois, qui vient de la loi de 2023 et de l'avis de 2024, et il ne touche pas aux baux en cours.

Le décret 2026-596 modifie le bail type, c'est-à-dire le modèle réglementaire que tout bail de résidence principale doit respecter. L'article 3 de la loi du 6 juillet 1989 impose en effet que le contrat de location soit établi par écrit et respecte un contrat type défini par décret en Conseil d'État. Ces modèles figurent depuis 2015 en annexe du décret n° 2015-587 du 29 mai 2015 : l'annexe 1 pour la location vide, l'annexe 2 pour la location meublée, chacune valant aussi pour la colocation à bail unique.

Le texte a été beaucoup commenté, parfois au-delà de ce qu'il dit. Ce guide expose son contenu exact, son calendrier et, surtout, ce qu'il ne change pas.

Le décret 2026-596 en bref : références et calendrier

Le décret a été publié au Journal officiel n° 0157 du 7 juillet 2026 (NOR VLOL2534004D). Il a été pris après avis de la Commission nationale de concertation du 4 février 2026, le Conseil d'État entendu. Il compte quatre articles : l'article 1er réécrit les deux contrats types, l'article 2 modifie le livre VIII du code de la construction et de l'habitation consacré aux aides au logement, l'article 3 fixe l'entrée en vigueur, l'article 4 l'exécution.

DateCe qui se passe
29 juillet 2023Loi n° 2023-668 : clause résolutoire obligatoire, délai de six semaines
13 juin 2024Avis de la Cour de cassation : les baux en cours gardent leur délai
7 juillet 2026Publication du décret n° 2026-596
1er octobre 2026Nouveau bail type pour les contrats conclus ou renouvelés à compter de cette date
18 octobre 2026Nouvelle notice d'information à annexer au bail
1er janvier 2027Entrée en vigueur de l'article 2 du décret, volet aides au logement

La nouvelle notice résulte d'un arrêté du 9 octobre 2026, publié au Journal officiel du 17 octobre 2026. Elle s'applique aux contrats conclus ou renouvelés à compter de son entrée en vigueur, le lendemain de sa publication.

La nouvelle rubrique VIII du bail type : la clause résolutoire écrite

Avant le décret, la rubrique VIII du contrat type s'intitulait « Le cas échéant, Clause résolutoire ». Elle laissait aux parties le soin de rédiger une clause visant l'impayé, le dépôt de garantie, l'assurance ou les troubles de voisinage, sans en écrire le délai. Depuis le 1er octobre 2026, la rubrique est rédigée.

Rubrique VIII du bail type, version en vigueur depuis le 1er octobre 2026

« Le contrat de location est résilié de plein droit pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie. La clause de résiliation de plein droit ne produit effet que six semaines après la date d'un commandement de payer demeuré infructueux. »

Le modèle s'aligne ainsi sur l'article 24, I, de la loi de 1989, qui rend la clause obligatoire depuis le 29 juillet 2023. Un bail rédigé sur le nouveau modèle ne peut plus l'oublier, ni l'écrire avec un délai périmé.

La rubrique prévoit ensuite, « le cas échéant », des clauses facultatives pour d'autres motifs :

  • le défaut d'assurance des risques locatifs, avec effet un mois après un commandement demeuré infructueux ;
  • les troubles de voisinage constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée, c'est-à-dire qui n'est plus susceptible d'un recours suspensif ;
  • le non-respect de la servitude de résidence principale, lorsque le logement y est soumis en application de l'article L. 151-14-1 du code de l'urbanisme ; la clause ne joue alors qu'à l'expiration du délai de mise en demeure fixé par le maire.

Ces motifs étaient déjà les seuls admis par l'article 4, g, de la loi. La servitude de résidence principale, introduite par la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 sur les meublés de tourisme, y figurait depuis la fin de 2024 ; le décret l'intègre au modèle.

Les autres changements du bail type

Le numéro de portable, facultatif. La désignation du bailleur et celle du ou des locataires comportent désormais un « numéro de téléphone portable (facultatif) ». La notice du décret explique qu'il vise notamment à joindre plus rapidement le locataire en vue de prévenir les expulsions. Le mot « facultatif » compte : vous pouvez le demander, pas en faire une condition.

La servitude de résidence principale. Lorsque le logement y est soumis, la rubrique II, B, mentionne qu'il est à usage exclusif de résidence principale au sens de l'article 2 de la loi de 1989.

Une référence mise à jour. Les renvois à l'ancien article L. 351-2 du code de la construction et de l'habitation deviennent des renvois à l'article L. 831-1, qui définit les logements ouvrant droit à l'aide personnalisée au logement, notamment les logements conventionnés. Le champ du contrat type de l'annexe 1 reste le même : il exclut notamment les logements conventionnés, les logements des organismes HLM et les colocations formalisées par plusieurs contrats.

La notice d'information. L'arrêté du 9 octobre 2026 remplace intégralement la notice. Sa rubrique sur la mise en œuvre de la clause résolutoire rappelle le délai de six semaines, le rôle du fonds de solidarité pour le logement et le signalement à la CCAPEX.

Ce que le décret 2026-596 ne change pas

Le régime six semaines ou deux mois. Le délai de six semaines vient de la loi n° 2023-668. La question de savoir quels baux conservent deux mois a été réglée par l'avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024 (n° 24-70.002, publié au Bulletin) : les baux en cours au 29 juillet 2023 gardent le délai écrit dans leur clause. Un décret ne peut ni modifier la loi ni réécrire les contrats déjà signés. Le tableau de décision de notre guide sur le délai du commandement de payer, six semaines ou deux mois reste donc la référence.

Vos baux en cours. Le décret ne vise que les contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre 2026. Aucun avenant n'est requis pour les autres.

Le commandement de payer. Ses six mentions obligatoires, sa signification par un commissaire de justice et son envoi à la caution dans les quinze jours restent régis par l'article 24 ; voyez notre guide sur le commandement de payer.

La procédure. Signalement à la CCAPEX, notification de l'assignation au préfet au moins six semaines avant l'audience, délais de paiement accordés par le juge : rien ne change. Sur la notification au préfet, la Cour de cassation a précisé le mode de calcul dans un avis du 6 novembre 2025 (n° 25-70.018, publié au Bulletin).

La sanction d'un bail non conforme. Elle reste celle de l'article 3 de la loi : le bailleur ne peut pas se prévaloir de la violation de cet article, et chaque partie peut exiger à tout moment l'établissement d'un contrat conforme.

La reconduction tacite. L'article 3 du décret vise les contrats « conclus ou renouvelés ». Il ne dit pas si la reconduction tacite, qui se fait sans nouvel écrit, compte comme un renouvellement. La Cour de cassation juge que le bail reconduit est soumis à la loi en vigueur à la date de la reconduction (3e chambre civile, 27 septembre 2006, n° 05-18.168, publié au Bulletin), mais cette jurisprudence concerne la loi, pas le modèle de contrat. En pratique, le nouveau bail type compte surtout lorsque vous signez un nouveau contrat.

Le décret ne raccourcit pas vos anciens baux

Un bail signé en 2021 avec une clause à deux mois ne passe pas à six semaines le 1er octobre 2026. Le délai du commandement se détermine toujours d'après la date du bail, sa reconduction et sa clause.

Votre situation, vos démarches

Votre situationCe que vous faites
Nouveau bail signé depuis le 1er octobre 2026Utilisez le modèle à jour, relisez la rubrique VIII, choisissez les clauses facultatives, annexez la nouvelle notice
Bail signé avant le 29 juillet 2023Rien à modifier ; le délai stipulé, souvent deux mois, s'applique
Bail signé entre le 29 juillet 2023 et le 30 septembre 2026Rien à modifier ; vérifiez que la clause existe et notez son délai
Renouvellement par un nouveau contratNouveau modèle
Colocation à bail uniqueAnnexe 1 ou 2 ; la clause de solidarité de la rubrique VII est inchangée
Location meubléeAnnexe 2, modifiée de la même façon

Pour la colocation, la clause de solidarité reste facultative et doit être rédigée avec soin : voyez notre guide colocation et loyer impayé. Pour le meublé, les particularités de durée et de congé sont traitées dans le guide bail meublé et loyer impayé.

Le volet aides au logement : la correction du décret 2026-84

L'article 2 du décret corrige des erreurs matérielles du décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement des bénéficiaires des aides personnelles au logement, pris pour l'application de la loi de 2023. Il rectifie un renvoi de l'article R. 824-15 du code de la construction et de l'habitation et réécrit les adaptations applicables à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Ces corrections entrent en vigueur le 1er janvier 2027, date à laquelle le décret n° 2026-84 devient lui-même applicable. Ce dernier organise notamment le maintien de l'aide au logement, même après la résiliation du bail, pour l'allocataire dans l'impossibilité manifeste de faire face à sa dépense de logement. Les conséquences pour le bailleur sont détaillées dans notre guide APL et loyer impayé.

Les erreurs à éviter avec le nouveau bail type

  • Réutiliser un ancien modèle après le 1er octobre 2026. S'il prévoit deux mois, le locataire pourra se prévaloir de ce délai plus favorable.
  • Ajouter un motif de résiliation non prévu par la loi : la clause serait réputée non écrite.
  • Rendre le numéro de portable obligatoire, alors que le modèle le dit facultatif.
  • Oublier la notice d'information, que l'article 3 de la loi impose d'annexer au bail.
  • Croire que le décret a modifié vos baux existants et faire signifier un commandement à six semaines pour un bail qui en prévoit deux.

Un bail mal rédigé se paie au moment de la procédure : un commandement à refaire, ce sont de nouveaux frais, détaillés sur notre page tarifs. Pour le fonctionnement de la clause elle-même, voyez notre guide sur la clause résolutoire du bail d'habitation et les autres guides de la rubrique Bail et clause résolutoire.

Le décret 2026-596 modernise le bail type sans bouleverser le droit de la clause résolutoire : il écrit dans le modèle ce que la loi impose depuis 2023. Pour vérifier votre bail et le délai qui s'y applique, faites notre diagnostic gratuit. Nous ne sommes ni commissaire de justice ni avocat : nous coordonnons les professionnels compétents.

Questions fréquentes

Dois-je modifier mes baux en cours après le décret 2026-596 ?
Non. Le nouveau bail type s'applique aux contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre 2026. Vos baux en cours restent valables et gardent leur clause résolutoire, avec le délai qu'elle prévoit.
Le décret 2026-596 a-t-il instauré le délai de six semaines du commandement de payer ?
Non. Ce délai résulte de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, en vigueur depuis le 29 juillet 2023. Le décret se borne à l'écrire dans le modèle de bail. La question de savoir quels baux restent à deux mois a été tranchée par l'avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024, pas par le décret.
À partir de quand le nouveau bail type s'applique-t-il ?
Depuis le 1er octobre 2026, pour les contrats conclus ou renouvelés à compter de cette date. La nouvelle notice d'information à annexer au bail s'applique depuis le 18 octobre 2026. Le volet relatif aux aides au logement entre en vigueur le 1er janvier 2027.
Le numéro de téléphone du locataire est-il obligatoire dans le bail ?
Non, le bail type le mentionne comme facultatif, pour le bailleur comme pour le locataire. Il vise à joindre plus vite le locataire pour prévenir les expulsions. Vous pouvez le proposer, pas l'imposer.
Que se passe-t-il si je signe un bail sur un ancien modèle après le 1er octobre 2026 ?
Le bail reste valable, mais vous ne pouvez pas vous prévaloir de sa non-conformité et le locataire peut exiger à tout moment un contrat conforme. Surtout, si l'ancien modèle prévoit deux mois, prévoyez de laisser deux mois au locataire : la clause plus favorable pourra lui être reconnue.

Sources

  1. Décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 modifiant le décret n° 2015-587 du 29 mai 2015 relatif aux contrats types de location et le livre VIII du code de la construction et de l'habitation — JORF n° 0157 du 7 juillet 2026, NOR VLOL2534004D
  2. Décret n° 2015-587 du 29 mai 2015, annexe 1 (contrat type de location ou de colocation de logement nu) — Version en vigueur depuis le 1er octobre 2026
  3. Arrêté du 9 octobre 2026 modifiant l'arrêté du 29 mai 2015 relatif au contenu de la notice d'information annexée aux contrats de location — JORF n° 243 du 17 octobre 2026
  4. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 3 — Contrat écrit, contrat type et notice d'information
  5. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Version en vigueur depuis le 29 juillet 2023
  6. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 4 — Clauses réputées non écrites, g
  7. Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite — JORF n° 173 du 28 juillet 2023
  8. Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement — JORF du 13 février 2026, applicable au 1er janvier 2027
  9. Cour de cassation, 3e chambre civile, avis du 13 juin 2024 — n° 24-70.002, publié au Bulletin
  10. Cour de cassation, 3e chambre civile, avis du 6 novembre 2025 — n° 25-70.018, publié au Bulletin
  11. Cour de cassation, 3e chambre civile, 27 septembre 2006 — n° 05-18.168, publié au Bulletin

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