Aller au contenu
expulsezvotrelocataire.fr

Bail et clause résolutoire

Révision du loyer IRL : les erreurs de décompte qui coûtent cher

8 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

Mis à jour le .

Révision du loyer IRL oubliée, appliquée en retard ou à un logement classé F ou G : un décompte faux affaiblit le commandement de payer. Voici comment l'éviter.

L'essentiel

La révision du loyer IRL n'a rien d'automatique : vous devez la demander au locataire dans l'année qui suit la date prévue au bail, et elle ne s'applique qu'à partir de cette demande. Passé ce délai, la hausse de l'année est perdue. Un logement classé F ou G ne peut plus être révisé. Un décompte qui contient une révision irrégulière, des pénalités ou des frais de relance surestime la dette : le juge le recalcule, et le locataire obtient plus facilement des délais.

Dans un dossier de loyers impayés, le décompte est la pièce que le juge lit en premier. Il repose sur le montant du loyer, donc sur la révision du loyer IRL appliquée année après année. C'est là que des erreurs se glissent : une hausse réclamée sans avoir été demandée, un indice mal choisi, une révision appliquée à un logement énergivore, des frais ajoutés à la dette.

Ce guide reprend la règle de l'article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989, puis les erreurs de décompte qui fragilisent un commandement de payer, et la façon de les éviter avant de saisir le juge.

La révision du loyer IRL : ce que prévoit l'article 17-1

La révision est l'augmentation annuelle du loyer en cours de bail. Elle n'est possible que si le bail la prévoit : sans clause de révision, le loyer reste fixe jusqu'au renouvellement du contrat.

Quand la clause existe, la révision intervient chaque année à la date convenue ou, à défaut, à la date anniversaire du bail. La hausse ne peut pas dépasser la variation de l'indice de référence des loyers (IRL), que l'INSEE publie chaque trimestre. L'indice à retenir est celui du trimestre indiqué dans le bail ; à défaut, c'est le dernier indice publié à la date de signature.

Le calcul tient en une ligne : loyer hors charges actuel, multiplié par l'IRL du trimestre de référence de l'année, divisé par l'IRL du même trimestre un an plus tôt. Les provisions sur charges ne suivent pas l'IRL : elles s'ajustent lors de la régularisation annuelle.

Exemple pour un bail révisable au 3e trimestreValeur
Loyer hors charges avant révision800,00 €
IRL du 3e trimestre 2026 (métropole)148,06
IRL du 3e trimestre 2025 (métropole)145,77
Loyer révisé : 800 × 148,06 ÷ 145,77812,57 €

Deux limites s'ajoutent. D'abord, la révision est interdite pour un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) lorsque le bail a été conclu, renouvelé ou tacitement reconduit depuis le 24 août 2022 en métropole (article 17-1, III). Ensuite, pour les indices fixés entre le troisième trimestre 2022 et le premier trimestre 2024, la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 a plafonné leur variation annuelle à 3,5 % en métropole et à 2,5 % dans les départements d'outre-mer, avec une modulation possible en Corse. Un décompte qui remonte à ces années doit donc reprendre les indices publiés pour votre territoire, jamais un calcul personnel.

Révision du loyer IRL : un an pour la demander

Depuis la loi du 24 mars 2014, la clause de révision ne joue plus toute seule. Le bailleur doit réclamer chaque hausse.

Article 17-1, I, de la loi du 6 juillet 1989

« A défaut de manifester sa volonté d'appliquer la révision du loyer dans un délai d'un an suivant sa date de prise d'effet, le bailleur est réputé avoir renoncé au bénéfice de cette clause pour l'année écoulée. Si le bailleur manifeste sa volonté de réviser le loyer dans le délai d'un an, cette révision de loyer prend effet à compter de sa demande. »

Trois conséquences pratiques en découlent.

Pas de rétroactivité. Si la date de révision est le 1er novembre 2025 et que vous écrivez au locataire le 1er mars 2026, le nouveau loyer s'applique à partir de mars 2026. Les mois de novembre à février restent dus à l'ancien montant.

Pas de rattrapage. Au-delà d'un an, la hausse de l'année est perdue. L'année suivante, la révision s'applique au loyer réellement en vigueur : la hausse perdue ne se rattrape pas. L'article 7-1 de la loi le confirme : l'action du bailleur en révision du loyer est prescrite un an après la date convenue au bail.

Une preuve écrite. La loi n'impose pas de forme, mais c'est à vous de prouver la demande. Envoyez chaque année une lettre datée qui annonce le nouveau loyer, détaille le calcul et précise la date d'effet, par un moyen qui garde une trace de la réception.

La cour d'appel de Limoges en a tiré les conséquences le 7 janvier 2026 (RG n° 25/00024). Les bailleurs réclamaient 2 716,55 euros en appliquant l'indexation depuis 2021. Ils ne produisaient que des tableaux de calcul établis par leur avocat, et leurs propres quittances mentionnaient toujours l'ancien loyer. La cour a jugé qu'aucune révision n'était due pour 2021 à 2024 et a ramené la dette à 472,67 euros. La clause résolutoire était acquise, mais le locataire a obtenu un échéancier qui en suspend les effets.

Ce que le commandement de payer exige du décompte

Le commandement de payer est l'acte, signifié par un commissaire de justice, qui met en œuvre la clause résolutoire du bail. L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose qu'il contienne, à peine de nullité, le montant mensuel du loyer et des charges et le décompte de la dette.

La clause résolutoire ne sanctionne que le défaut de paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie. Le décompte doit donc isoler ces sommes. En principe, si le locataire règle dans le délai la somme réellement due, le commandement n'est pas resté infructueux et la clause ne joue pas, même s'il n'a pas payé les montants indus. Le choix du bon délai compte aussi : voir le guide sur le délai du commandement de payer, six semaines ou deux mois.

Le juge, enfin, ne se contente pas de votre chiffre. L'article 24, V, lui permet de vérifier d'office tout élément constitutif de la dette locative, y compris quand le locataire ne se présente pas à l'audience. Un décompte recalculé à la baisse rend aussi plus facile l'octroi de délais de paiement, qui suspendent les effets de la clause résolutoire du bail d'habitation.

Les erreurs de décompte qui fragilisent un commandement

ErreurRègle en causeConséquence
Révision réclamée sans demande dans l'année, ou avec effet rétroactifArt. 17-1, IHausse retirée du décompte
Révision d'un logement classé F ou GArt. 17-1, IIILoyer ramené au montant non révisé
Pénalités, amendes ou intérêts contractuels de retardArt. 4, iClause réputée non écrite, sommes écartées
Frais de relance, de quittance ou de poursuiteArt. 4, pSommes écartées de l'arriéré
Provisions sur charges jamais régulariséesArt. 23Charges exigibles seulement sur justification
Aide au logement conservée par la CAF pour non-décence comptée comme impayéArt. 7, a, et Cass. 3e civ. 2023Seul le reste à charge est exigible
Loyers échus depuis plus de trois ansArt. 7-1Action prescrite

Deux décisions illustrent ces écarts. Le 22 septembre 2026, la cour d'appel de Versailles (chambre civile 1-2, RG n° 25/05797) a retiré de l'arriéré réclamé par un bailleur social 130,61 euros de frais de poursuites, qui ne peuvent pas être mis à la charge du locataire au titre des loyers et charges.

Le 14 décembre 2023, la Cour de cassation (3e chambre civile, n° 22-23.267, publié au Bulletin) a jugé que, lorsque la caisse d'allocations familiales conserve l'allocation de logement parce que le logement n'est pas décent, le bailleur ne peut exiger que le loyer et les charges diminués du montant de cette allocation. L'article 7, a, de la loi précise d'ailleurs qu'un tel paiement partiel n'est pas un défaut de paiement. Le guide APL et loyer impayé détaille ces mécanismes.

Pour les loyers anciens, l'article 7-1 fixe une prescription de trois ans pour toutes les actions dérivant du bail. La Cour de cassation a confirmé qu'elle s'applique aux baux en cours depuis le 27 mars 2014 (3e chambre civile, 6 avril 2023, n° 22-13.778, publié au Bulletin). Le guide sur la prescription des loyers impayés explique comment l'interrompre.

Construire un décompte fiable, étape par étape

  1. Repartez du bail : loyer initial, clause de révision, date de révision, trimestre de référence, mode de paiement des charges.
  2. Pour chaque année, retrouvez la preuve de la demande de révision. Pas de preuve, pas de hausse ; demande tardive, hausse à compter de la demande.
  3. Vérifiez la classe énergétique du logement et la date de signature ou de dernier renouvellement du bail.
  4. Établissez le tableau mois par mois : loyer dû, charges, aide au logement versée, paiements du locataire, solde cumulé.
  5. Sortez du tableau tout ce qui n'est ni loyer ni charges : frais, pénalités, réparations. Les sommes légitimes, comme des réparations locatives, se réclament séparément devant le juge.
  6. Arrêtez le décompte à une date précise et rassemblez les justificatifs : bail, courriers de révision, régularisations de charges, relevé de l'organisme payeur de l'aide au logement.
  7. Faites-le relire par le commissaire de justice avant la signification du commandement de payer.

Si un garant s'est porté caution, vérifiez aussi l'acte : il doit reproduire le montant du loyer et les conditions de sa révision tels qu'ils figurent au bail (article 22-1). Le guide sur l'acte de cautionnement du bail reprend ces exigences. Pour une location meublée, la même règle de révision s'applique par renvoi de l'article 25-9 : voir bail meublé et loyer impayé.

Ne régularisez pas tout dans le commandement

La tentation est forte de profiter du commandement pour réclamer d'un coup les révisions oubliées, les frais engagés et une pénalité. C'est l'inverse qu'il faut faire : un commandement limité aux loyers et charges certains est plus solide qu'un commandement gonflé, que le juge devra recalculer ligne par ligne.

Et si l'erreur est découverte après le commandement ?

Une erreur repérée après la signification ne se corrige pas par un simple courrier. Signalez-la au commissaire de justice et à l'avocat avant l'assignation.

Selon l'écart, la date des paiements du locataire et le délai déjà écoulé, il peut être plus sûr de faire délivrer un nouveau commandement, avec un décompte juste, que de défendre l'ancien. Le délai du commandement repart alors à zéro. C'est un acte de plus et quelques semaines perdues, face au risque de voir la clause résolutoire écartée à l'audience. Le coût d'un acte de commissaire de justice suit un tarif réglementé : consultez nos tarifs.

D'une année sur l'autre, la meilleure prévention reste simple : une lettre de révision chaque année, à la date prévue au bail, et un tableau de suivi tenu à jour. Les autres guides de la rubrique sont regroupés sur la page des guides.

En résumé

La révision du loyer IRL est un droit, pas un automatisme : demandée à temps et calculée sur le bon indice, elle se défend sans difficulté ; oubliée ou appliquée en retard, elle se retourne contre votre décompte. Avant tout commandement de payer, vérifiez chaque hausse, chaque frais et chaque versement, et faites le point sur votre dossier avec notre diagnostic. expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents.

Questions fréquentes

La révision du loyer est-elle automatique si le bail prévoit une clause d'indexation ?
Non. Depuis 2014, l'article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de manifester sa volonté de réviser le loyer dans l'année qui suit la date de révision prévue au bail. Sans demande dans ce délai, il est réputé avoir renoncé à la hausse de l'année écoulée.
Peut-on réclamer une révision du loyer de façon rétroactive ?
Non. Même demandée dans le délai d'un an, la révision ne prend effet qu'à compter de la demande. Les mois écoulés entre la date de révision prévue au bail et votre demande restent dus à l'ancien montant.
Peut-on réviser le loyer d'un logement classé F ou G ?
Non, pour les baux conclus, renouvelés ou tacitement reconduits depuis le 24 août 2022 en métropole. L'article 17-1, III, de la loi du 6 juillet 1989 interdit alors toute révision et toute majoration du loyer.
Une erreur dans le décompte annule-t-elle le commandement de payer ?
Pas nécessairement, mais elle l'affaiblit. Le juge peut vérifier d'office chaque élément de la dette locative et recalculer le montant dû. Si le locataire a réglé dans le délai la somme réellement due, ou si la dette recalculée est modeste, le bailleur risque de voir la clause résolutoire écartée ou suspendue par des délais de paiement.
Quels frais peut-on inclure dans le décompte d'un commandement de payer ?
Seulement les loyers et les charges récupérables échus et impayés, ainsi que le dépôt de garantie non versé. Les pénalités, les frais de relance et les frais de procédure hors dépens sont exclus par l'article 4 de la loi du 6 juillet 1989.

Sources

  1. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 17-1 (révision du loyer) — Version en vigueur depuis le 24 août 2022
  2. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 7-1 (prescription) — Version en vigueur depuis le 27 mars 2014
  3. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 (clause résolutoire et commandement de payer) — Version en vigueur depuis le 29 juillet 2023
  4. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 4 (clauses réputées non écrites) — Version en vigueur depuis le 21 novembre 2024
  5. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 23 (charges récupérables) — Version en vigueur depuis le 1er juillet 2021
  6. Loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 portant mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat, article 12 — Plafonnement de l'IRL entre le 3e trimestre 2022 et le 1er trimestre 2024
  7. Cass. 3e civ., 14 décembre 2023, n° 22-23.267 — Publié au Bulletin — allocation de logement conservée pour non-décence
  8. Cass. 3e civ., 6 avril 2023, n° 22-13.778 — Publié au Bulletin — application de la prescription triennale de l'article 7-1
  9. CA Limoges, chambre civile, 7 janvier 2026, RG n° 25/00024 — Révision non demandée retirée du décompte, dette ramenée de 2 716,55 à 472,67 euros
  10. CA Versailles, chambre civile 1-2, 22 septembre 2026, RG n° 25/05797 — Frais de poursuites déduits de l'arriéré locatif
  11. Service-public.gouv.fr — Révision du loyer d'un logement — Méthode de calcul et valeurs de l'IRL, page vérifiée le 15 octobre 2026

Vous en êtes à quel stade ?

Huit questions, et nous vous disons quelle procédure s'applique à votre dossier, avec les délais et les frais.