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Brest · Finistère (29)

Expulser son locataire à Brest : mutation, abandon, bail écrit

7 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

tribunal judiciaire de Brest

Expulser son locataire à Brest : quel juge saisir, que faire quand un locataire muté part sans prévenir, et pourquoi le bail écrit change tout.

L'essentiel

Pour expulser son locataire à Brest, il faut un jugement du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Brest, ou de sa chambre de proximité de Morlaix pour Morlaix et ses environs. Brest n'est pas en zone tendue : le préavis du locataire est de trois mois, mais d'un mois en cas de mutation justifiée. Si le locataire part sans prévenir, ne reprenez pas les lieux vous-même : une procédure d'abandon existe. Et signez toujours un bail écrit.

Ville portuaire et universitaire, Brest compte parmi ses locataires des militaires, des étudiants et des salariés en mission. Si vous louez à l'un d'eux, votre souci n'est pas forcément un impayé qui s'installe. Ce peut être aussi un départ : un congé donné du jour au lendemain, ou un logement laissé vide sans un mot. Expulser son locataire à Brest suppose donc de connaître, en plus de la procédure classique, les règles du préavis, celles de l'abandon de logement, et ce qui se passe quand aucun bail n'a été signé. Une affaire jugée à Brest, puis par la cour d'appel de Rennes en 2025, l'illustre.

Expulser son locataire à Brest : le juge compétent dans le Finistère

Le juge compétent est le juge des contentieux de la protection, le juge du tribunal judiciaire chargé des litiges de logement. Le Finistère compte deux tribunaux judiciaires et une chambre de proximité :

  • le tribunal judiciaire de Brest, pour Brest et le nord-ouest du département : Guipavas, Plouzané, Le Relecq-Kerhuon, Plougastel-Daoulas, Saint-Renan, Landerneau, Lesneven ;
  • la chambre de proximité de Morlaix, antenne du tribunal de Brest aussi appelée « tribunal de proximité », pour Morlaix, Landivisiau, Saint-Pol-de-Léon, Roscoff et Carhaix-Plouguer ;
  • le tribunal judiciaire de Quimper, pour Quimper, Concarneau, Douarnenez, Châteaulin, Crozon et Quimperlé.

Ce découpage résulte du décret n° 2019-914 du 30 août 2019 et des tableaux du code de l'organisation judiciaire. En appel, le Finistère relève de la cour d'appel de Rennes.

L'assignation est notifiée par voie électronique au préfet du Finistère, au moins six semaines avant l'audience. Pendant ce délai, un organisme désigné par le plan départemental réalise un diagnostic social et financier du locataire, transmis au juge avant l'audience. Le bailleur peut, lui aussi, présenter ses observations à cette occasion : c'est le moment de signaler un départ annoncé, une mutation ou un logement inoccupé. Devant le juge des contentieux de la protection, l'avocat n'est pas obligatoire.

Brest hors zone tendue : trois mois de préavis, un mois en cas de mutation

Brest ne figure pas dans la liste des communes en zone tendue, annexée au décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 et réécrite par le décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025. Ni Guipavas, ni Plouzané, ni Le Relecq-Kerhuon n'y figurent davantage, et la liste applicable au 1er janvier 2027 est la même.

La règle de base est donc un préavis de trois mois quand le locataire donne congé (article 15 de la loi du 6 juillet 1989). Il tombe à un mois dans plusieurs cas, dont trois peuvent concerner un locataire militaire, étudiant ou salarié :

  1. la mutation, y compris celle d'un militaire ;
  2. l'obtention d'un premier emploi, ou d'un nouvel emploi après une perte d'emploi ;
  3. la perte d'emploi.

Le locataire doit préciser le motif et le justifier au moment où il envoie son congé. Sinon, c'est trois mois. Le congé se donne par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice ou par remise en main propre contre récépissé. Le délai court à compter de la réception.

Pendant le préavis, le locataire reste redevable du loyer. Un congé ne supprime pas un impayé : la dette se réclame ensuite, au besoin en justice, dans le délai de prescription de trois ans.

Une difficulté pratique surgit quand le locataire a quitté Brest : où lui délivrer les actes ? Le commissaire de justice doit d'abord chercher à les lui remettre en personne, puis à son domicile. Si le locataire n'a plus ni domicile, ni résidence, ni lieu de travail connus, il dresse un procès-verbal, c'est-à-dire un compte rendu officiel, décrivant précisément ses recherches et lui adresse une copie à sa dernière adresse connue (article 659 du code de procédure civile). Donnez-lui donc tout ce que vous savez : nouvelle adresse, employeur, numéro de téléphone, adresse électronique. Une signification mal faite peut être annulée, et la procédure retardée d'autant.

Quand le locataire part sans prévenir : la procédure d'abandon

Un locataire muté peut aussi partir sans rien dire, laissant parfois quelques meubles. La tentation est grande de récupérer le logement. Elle est dangereuse : tant que le bail n'est pas résilié, le logement reste juridiquement le sien.

Ne reprenez pas les lieux vous-même

Même si le logement semble vide, changer la serrure ou débarrasser les affaires sans décision de justice vous expose à des poursuites. Passez par la procédure d'abandon, conçue pour ce cas.

L'article 14-1 de la loi du 6 juillet 1989 organise cette procédure :

  1. Lorsque des éléments laissent supposer que le logement est abandonné, un commissaire de justice met le locataire en demeure de justifier qu'il l'occupe. Cette mise en demeure peut figurer dans un commandement de payer.
  2. Si rien ne se passe dans le mois, le commissaire de justice peut entrer dans les lieux et constater leur état d'abandon. Il dresse un procès-verbal avec l'inventaire des biens laissés.
  3. Le juge constate la résiliation du bail. Il peut autoriser la vente aux enchères des biens et déclarer abandonnés ceux qui n'ont pas de valeur marchande.

Notre guide sur l'abandon de logement par le locataire détaille les indices d'abandon et les délais.

Pourquoi le bail écrit change tout : un arrêt rendu sur un dossier brestois

Le 19 mars 2025 (5e chambre, n° 23/05024), la cour d'appel de Rennes a jugé l'affaire d'un loueur en meublé brestois. Il avait remis les clés d'un logement sans faire signer le bail : seul un projet, signé de sa main, existait. Les loyers avaient cessé au bout de quelques mois. Le juge des contentieux de la protection de Brest l'avait débouté, estimant que la qualité de locataire de l'occupante n'était pas établie.

La cour a infirmé ce jugement en deux temps. D'abord, elle a reconnu l'existence d'un bail verbal, c'est-à-dire conclu sans écrit, prouvé par son exécution : des loyers payés pendant plusieurs mois, le nom de l'occupante sur la boîte aux lettres, son inscription auprès de la caisse d'allocations familiales, des attestations. Ensuite, elle a jugé que la clause résolutoire de l'article 24 suppose un bail écrit qui la contient. Faute d'écrit, le bailleur ne pouvait pas s'en prévaloir. La cour a donc prononcé elle-même la résiliation, pour inexécution grave, et ordonné l'expulsion.

Article 1224 du code civil

La résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice.

Le bailleur a fini par obtenir gain de cause, mais au terme de deux instances et sans le mécanisme plus simple de la clause résolutoire. Avec un bail écrit, le commandement de payer resté sans effet aurait fait jouer la clause, et le juge n'aurait eu qu'à en constater l'acquisition.

Depuis le 1er octobre 2026, les contrats types de location, modifiés par le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026, comportent une rubrique dédiée à la clause résolutoire pour les baux conclus ou renouvelés à compter de cette date.

Les étapes devant le tribunal judiciaire de Brest

Lorsque le bail est écrit et que l'impayé s'installe, la procédure suit cet ordre :

  1. Le commandement de payer, délivré par un commissaire de justice du Finistère. Le locataire dispose de six semaines si le bail a été signé ou renouvelé depuis le 29 juillet 2023, sinon du délai prévu au bail. S'il y a une caution, l'acte doit lui être signifié dans les quinze jours. Notre guide sur le commandement de payer détaille ses mentions obligatoires.
  2. Le signalement à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) du Finistère, fait par le commissaire de justice pour un bailleur particulier.
  3. L'assignation, notifiée au préfet six semaines avant l'audience et remise au greffe au moins quinze jours avant.
  4. Le jugement, qui peut accorder jusqu'à trois ans de délais au locataire qui a repris le paiement du loyer courant.
  5. Le commandement de quitter les lieux, puis un délai de deux mois.
  6. L'expulsion, jamais entre le 1er novembre et le 31 mars.

Le locataire peut solliciter à tout moment le fonds de solidarité pour le logement du Finistère. S'il perçoit une aide au logement que vous recevez directement, de nouvelles règles de signalement à l'organisme payeur s'appliqueront à compter du 1er janvier 2027, en vertu du décret n° 2026-84 du 12 février 2026.

Expulser son locataire à Brest avec nous

Nous ne sommes ni commissaire de justice ni avocat : nous coordonnons les professionnels compétents. Nous regardons d'abord la situation réelle : impayé, départ annoncé ou logement apparemment abandonné, bail écrit ou non. Puis nous confions les actes à un commissaire de justice du Finistère et, si nécessaire, l'audience à un avocat. Aucun résultat n'est promis : le juge reste maître de sa décision. Les frais réglementés et les nôtres sont détaillés sur la page tarifs.

Vous louez aussi ailleurs ? Voyez comment expulser son locataire à Rennes ou expulser son locataire à Nantes, dans le même ressort de cour d'appel, ou, dans une autre ville de marine, expulser son locataire à Toulon. Toutes les villes sont sur la page expulsion locataire par ville.

Expulser son locataire à Brest, c'est d'abord identifier la bonne procédure : impayé, abandon ou absence de bail écrit. Notre diagnostic gratuit vous oriente en huit questions.

Questions fréquentes des bailleurs à Brest

Mon locataire militaire est muté : quel préavis doit-il respecter ?
Un mois, à condition qu'il invoque la mutation et la justifie dans sa lettre de congé. À défaut de justificatif, le préavis de droit commun s'applique, soit trois mois à Brest, qui n'est pas en zone tendue. Le délai court à compter de la réception de la lettre recommandée, de la signification ou de la remise en main propre.
Mon locataire est parti sans rendre les clés : puis-je récupérer mon logement ?
Pas de vous-même. La loi prévoit une procédure d'abandon : un commissaire de justice met le locataire en demeure de justifier qu'il occupe toujours le logement, puis, un mois plus tard, constate l'abandon et dresse un inventaire. Le juge constate ensuite la résiliation du bail et décide du sort des biens laissés sur place.
Je n'ai pas de bail écrit : puis-je quand même faire expulser mon locataire ?
Oui, mais par une voie plus longue. Un bail verbal se prouve par son exécution, comme le paiement de loyers et l'occupation des lieux. Faute de clause résolutoire écrite, il faut demander au juge de prononcer la résiliation pour manquement grave, comme l'a fait la cour d'appel de Rennes pour un meublé brestois en mars 2025.
Quel tribunal est compétent pour un logement à Landerneau, Morlaix ou Quimper ?
Landerneau, comme Brest, Guipavas ou Saint-Renan, relève du tribunal judiciaire de Brest. Morlaix, Landivisiau et Roscoff relèvent de sa chambre de proximité de Morlaix. Quimper, Concarneau et Douarnenez dépendent du tribunal judiciaire de Quimper.
Brest est-elle en zone tendue ?
Non. Brest ne figure pas dans la liste des communes en zone tendue, ni dans sa version en vigueur depuis décembre 2025, ni dans celle applicable au 1er janvier 2027. Le préavis de droit commun du locataire y est donc de trois mois, et le loyer de relocation est libre, sauf logement classé F ou G.

Sources

  1. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Version en vigueur au 24 octobre 2026
  2. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 14-1 (abandon du logement) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
  3. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 15 (congé et préavis) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
  4. Code civil, article 1224 (résolution du contrat) — Version issue de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016
  5. Cour d'appel de Rennes, 5e chambre, arrêt du 19 mars 2025 — RG n° 23/05024, sur appel d'un jugement du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Brest du 20 juin 2023
  6. Cour de cassation, 3e chambre civile, avis du 13 juin 2024 — Avis n° 24-70.002, publié au Bulletin
  7. Décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 modifiant le décret n° 2015-587 du 29 mai 2015 relatif aux contrats types de location — JORF n° 0157 du 7 juillet 2026 ; article 1er en vigueur le 1er octobre 2026
  8. Décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025 modifiant le décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 (liste des communes en zone tendue) — JORF n° 0300 du 23 décembre 2025
  9. Décret n° 2019-914 du 30 août 2019 modifiant le code de l'organisation judiciaire (chambres de proximité) — JORF n° 0203 du 1er septembre 2019, tableaux annexés
  10. Code des procédures civiles d'exécution, article L. 412-6 (trêve hivernale) — Version issue de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023
  11. Loi n° 90-449 du 31 mai 1990, article 6 (fonds de solidarité pour le logement) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
  12. Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement — JORF n° 0037 du 13 février 2026 ; applicable au 1er janvier 2027

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