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Expulser son locataire à Rennes : bail meublé et bail mobilité
8 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat
Expulser son locataire à Rennes : bail meublé, bail étudiant ou bail mobilité ne suivent pas les mêmes règles. Juge compétent, délais et pièges à éviter.
Pour expulser son locataire à Rennes, il faut un jugement du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Rennes, ou de ses chambres de proximité de Fougères et de Redon. Un bail meublé suit la même procédure qu'un bail vide en cas d'impayé. Le bail mobilité, lui, échappe à l'article 24 de la loi de 1989 : il prend fin à son terme, et l'occupant qui reste peut être expulsé sur décision du juge. Rennes est en zone tendue, sans encadrement des loyers.
Studio meublé près du campus de Beaulieu, chambre en colocation à Villejean, appartement loué à un stagiaire pour six mois : si vous louez à Rennes à des étudiants ou à des stagiaires, vous avez sans doute signé l'un de ces contrats. Or expulser son locataire à Rennes ne se fait pas de la même façon selon le contrat. Un bail meublé classique, un bail étudiant de neuf mois et un bail mobilité obéissent à des règles différentes, et c'est le contrat qui dicte la stratégie. Cette page les distingue, avec les juges compétents en Ille-et-Vilaine et un arrêt de la cour d'appel de Rennes.
Expulser son locataire à Rennes : le juge, la cour et les antennes du département
Le juge compétent est le juge des contentieux de la protection, le juge du tribunal judiciaire chargé des baux d'habitation. En Ille-et-Vilaine, le siège dépend de la commune :
- Rennes et des communes voisines comme Cesson-Sévigné, Bruz, Saint-Grégoire ou Betton, mais aussi Liffré, Janzé ou Montfort-sur-Meu, relèvent du tribunal judiciaire de Rennes ;
- Fougères et Vitré relèvent de la chambre de proximité de Fougères ;
- Redon, Guichen et Bain-de-Bretagne relèvent de la chambre de proximité de Redon ;
- Saint-Malo, Dinard, Combourg ou Dol-de-Bretagne relèvent du tribunal judiciaire de Saint-Malo.
Une chambre de proximité, aussi appelée « tribunal de proximité », est une antenne du tribunal judiciaire. Celles de Fougères et de Redon dépendent du tribunal de Rennes, selon les tableaux du décret n° 2019-914 du 30 août 2019. En appel, toute la Bretagne et la Loire-Atlantique relèvent de la cour d'appel de Rennes.
L'assignation est notifiée au préfet d'Ille-et-Vilaine au moins six semaines avant l'audience, pour qu'un diagnostic social et financier du locataire soit réalisé et transmis au juge. Devant ce juge, l'avocat n'est pas obligatoire.
Rennes en zone tendue : ce que le classement change pour un meublé
L'agglomération de Rennes figure dans la liste des communes en zone tendue, fixée en annexe du décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 et réécrite par le décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025. Seize communes y sont inscrites, dont Rennes, Cesson-Sévigné, Saint-Grégoire, Bruz, Saint-Jacques-de-la-Lande, Chantepie et Pacé. La même liste s'appliquera au 1er janvier 2027, sous l'empire du décret n° 2026-831 du 25 août 2026.
Pour un meublé, la conséquence la plus concrète porte sur le loyer de relocation : il ne peut pas dépasser le dernier loyer appliqué, révisé selon l'indice de référence des loyers, sauf exceptions. Ce plafonnement, prévu par l'article 18 de la loi et reconduit jusqu'au 31 juillet 2027, vise les logements nus comme meublés. Le préavis du locataire, lui, est déjà d'un mois pour tout meublé, zone tendue ou non. Il n'existe pas, à Rennes, d'encadrement des loyers au sens de la loi ELAN.
Bail meublé et bail étudiant : la même procédure qu'un bail vide
Un logement meublé loué comme résidence principale relève du titre Ier bis de la loi du 6 juillet 1989. Son article 25-3 y rend applicable l'article 24. En cas d'impayé, tout se passe donc comme pour un logement vide : clause résolutoire, commandement de payer, signalement à la commission de prévention des expulsions (CCAPEX), notification au préfet, audience, délais de paiement possibles jusqu'à trois ans.
Le meublé a toutefois ses particularités, qui offrent parfois une sortie plus simple :
- Le bail dure un an, reconduit tacitement. Pour un étudiant, il peut être réduit à neuf mois, sans reconduction : il s'arrête de lui-même à son terme.
- Le bailleur peut refuser le renouvellement avec un préavis de trois mois, pour reprendre ou vendre le logement, ou pour un motif légitime et sérieux, comme un manquement du locataire à ses obligations. Des retards de paiement répétés peuvent en constituer un, sous le contrôle du juge.
- Le locataire peut partir avec un mois de préavis, à tout moment.
Une précaution avant d'engager quoi que ce soit : vérifiez que le logement est réellement meublé. La loi définit le meublé comme un logement décent équipé d'un mobilier suffisant pour y dormir, manger et vivre convenablement, et un décret en fixe la liste (article 25-4). Si des éléments manquent, le locataire pourrait contester la qualification de meublé, avec des effets sur la durée du bail et sur les préavis. Mieux vaut le savoir avant l'audience.
Notre guide sur le bail meublé et le loyer impayé compare ces options.
Bail mobilité : pas d'article 24, mais une fin de bail automatique
Le bail mobilité est un bail meublé de courte durée, réservé à certains locataires : étudiants, stagiaires, apprentis, personnes en formation professionnelle, en service civique, en mutation ou en mission temporaire. Il dure en principe d'un à dix mois, sans renouvellement ni reconduction (article 25-14). Aucun dépôt de garantie ne peut être demandé.
Le texte énumère les articles du titre Ier applicables au bail mobilité : les articles 1er, 3-2, 3-3, 4, 5, 6, 6-2, 7, 7-1 et 8, les I à IV de l'article 8-1, et les articles 17, 18, 21, 22-1, 22-2, 25-4 et 25-5. L'article 24 n'y figure pas.
Le régime du commandement de payer à six semaines, avec ses mentions obligatoires et ses notifications, n'est donc pas transposable tel quel. Face à un impayé en cours de bail, la stratégie se décide au cas par cas avec le commissaire de justice et, si besoin, l'avocat.
En pratique, la difficulté porte surtout sur la fin du bail. La cour d'appel de Colmar l'a dit nettement le 12 octobre 2026 (n° 25/04805) : le bail mobilité prend fin à l'arrivée de son terme, sans qu'il soit besoin de prononcer sa résiliation ni de tenir compte d'éventuels impayés. L'occupant qui se maintient est sans titre. Le juge ordonne son expulsion et fixe une indemnité d'occupation. Les protections de l'exécution restent applicables : délai de deux mois après le commandement de quitter les lieux, trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars.
Les trois contrats, côte à côte :
| Bail meublé | Bail étudiant | Bail mobilité | |
|---|---|---|---|
| Durée | Un an, reconduit tacitement | Neuf mois, sans reconduction | Un à dix mois, ni renouvelé ni reconduit |
| Article 24 et commandement à six semaines | Applicable | Applicable | Non visé par l'article 25-12 |
| Préavis du locataire | Un mois | Un mois | Un mois |
| Dépôt de garantie | Deux mois de loyer au plus | Deux mois de loyer au plus | Interdit |
| Fin du bail voulue par le bailleur | Congé motivé, trois mois avant le terme | Arrivée du terme | Arrivée du terme |
La durée d'un bail mobilité ne peut être modifiée qu'une fois, par avenant, sans dépasser dix mois au total. Si vous signez un nouveau bail au terme, il devient un bail meublé ordinaire, d'un an, soumis à toutes les règles du titre Ier bis.
Locataires étudiants : caution, aides au logement, échéances
La caution. Un bailleur qui a souscrit une assurance loyers impayés ne peut pas, en principe, exiger en plus une caution. L'article 22-1 fait exception pour les logements loués à un étudiant ou à un apprenti. Si un parent s'est porté caution, le commandement de payer doit lui être signifié dans les quinze jours suivant sa signification au locataire, faute de quoi il ne devra ni pénalités ni intérêts de retard.
L'aide au logement. Votre locataire perçoit peut-être une aide personnelle au logement, parfois versée directement au bailleur. À compter du 1er janvier 2027, le décret n° 2026-84 du 12 février 2026 précise les règles. Un impayé est constitué trois mois après un premier défaut de paiement, ou dès que la dette dépasse 450 euros. Le bailleur qui perçoit l'aide pour le compte du locataire doit signaler l'impayé à l'organisme payeur dans les deux mois. L'aide est maintenue tant que la commission de prévention des expulsions n'a pas décidé de la suspendre. Notre guide sur l'APL et le loyer impayé détaille ces démarches.
Ce qu'a jugé la cour d'appel de Rennes
Le 26 février 2025 (5e chambre, n° 24/03287), la cour d'appel de Rennes a statué sur un bail signé le 11 janvier 2023, donc avant la loi du 27 juillet 2023. Le commandement de payer mentionnait à la fois deux mois et six semaines. La cour a jugé que le délai applicable était de deux mois, conformément à l'avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024. Elle a refusé d'annuler l'acte : sans grief prouvé par le locataire, qui n'avait rien payé, l'irrégularité était sans conséquence.
Elle a surtout appliqué au bail ancien la nouvelle condition des délais de paiement : le locataire doit avoir repris le versement intégral du loyer courant avant l'audience. Faute de cette reprise, la demande de délais a été rejetée et l'expulsion confirmée. La règle sur le délai du commandement relève du contrat, celle sur les délais de paiement relève de la loi, qui s'applique immédiatement.
Pour un bailleur rennais, trois leçons pratiques en découlent :
- Datez votre bail avant tout. Signé ou renouvelé depuis le 29 juillet 2023, il ouvre six semaines ; plus ancien et jamais renouvelé, il ouvre le délai qu'il stipule. Notre guide sur le délai du commandement de payer, six semaines ou deux mois traite les cas de renouvellement.
- Ne mélangez pas les délais dans le commandement : la cour a sauvé l'acte faute de grief, mais un locataire capable de démontrer un grief aurait pu obtenir son annulation.
- Apportez un décompte à jour le jour de l'audience. C'est lui qui montre au juge si le loyer courant a repris, condition des délais de paiement.
Expulser son locataire à Rennes avec nous
Nous ne sommes ni commissaire de justice ni avocat : nous coordonnons les professionnels compétents. Nous identifions d'abord votre contrat, meublé classique, bail étudiant ou bail mobilité, car c'est lui qui fixe la marche à suivre. Le dossier est ensuite confié à un commissaire de justice d'Ille-et-Vilaine et, si besoin, à un avocat. Aucun résultat n'est garanti. Les frais réglementés et les nôtres sont détaillés sur la page tarifs.
Vous louez aussi ailleurs dans l'Ouest ? Voyez comment expulser son locataire à Brest, expulser son locataire à Nantes, autre ville du ressort de la cour d'appel de Rennes, ou expulser son locataire à Angers. Toutes les villes sont sur la page expulsion locataire par ville.
Expulser son locataire à Rennes commence par la lecture du bail. Notre diagnostic gratuit vous dit, en huit questions, quelle procédure s'applique au vôtre.
Questions fréquentes des bailleurs à Rennes
- Le bail meublé d'un étudiant à Rennes suit-il la même procédure qu'un bail vide ?
- Oui pour l'impayé. La loi rend l'article 24 applicable aux meublés loués à titre de résidence principale : même commandement de payer, mêmes délais, même juge. Ce qui change, c'est la durée du bail, d'un an ou de neuf mois pour un étudiant, et le préavis d'un mois du locataire.
- Mon locataire en bail mobilité reste dans les lieux après la date de fin : que faire ?
- Le bail mobilité prend fin à son terme, sans renouvellement possible. L'occupant qui reste n'a plus de titre : il faut saisir le juge des contentieux de la protection pour obtenir son expulsion et une indemnité d'occupation. N'acceptez pas de nouveau bail si vous voulez récupérer le logement : il serait soumis au régime du meublé classique.
- Puis-je exiger une caution d'un étudiant si j'ai souscrit une assurance loyers impayés ?
- Oui, c'est l'exception prévue par l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 : l'interdiction de cumuler caution et assurance ne joue pas pour un logement loué à un étudiant ou à un apprenti. Pour tout autre locataire, une caution demandée en plus d'une assurance est nulle.
- Quel tribunal pour un logement à Vitré, Fougères ou Redon ?
- Vitré et Fougères relèvent de la chambre de proximité de Fougères, Redon et Bain-de-Bretagne de celle de Redon. Toutes deux sont rattachées au tribunal judiciaire de Rennes. Saint-Malo, Dinard ou Combourg dépendent en revanche du tribunal judiciaire de Saint-Malo.
- Les loyers sont-ils encadrés à Rennes ?
- Rennes est en zone tendue, donc le loyer ne peut pas augmenter librement à la relocation, sauf exceptions. En revanche, l'encadrement des loyers de la loi ELAN, avec loyers de référence, ne s'applique pas : aucun décret n'a fixé de périmètre pour Rennes.
Sources
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Version en vigueur au 24 octobre 2026
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-3 (logements meublés) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-12 (bail mobilité, articles applicables) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-14 (durée du bail mobilité) — Version en vigueur depuis le 28 novembre 2025
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 22-1 (cautionnement) — Version en vigueur au 24 octobre 2026
- Cour d'appel de Rennes, 5e chambre, arrêt du 26 février 2025 — RG n° 24/03287
- Cour d'appel de Colmar, 3e chambre civile, arrêt du 12 octobre 2026 — RG n° 25/04805 (fin d'un bail mobilité à son terme)
- Cour de cassation, 3e chambre civile, avis du 13 juin 2024 — Avis n° 24-70.002, publié au Bulletin
- Décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025 modifiant le décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 (liste des communes en zone tendue) — JORF n° 0300 du 23 décembre 2025
- Décret n° 2026-644 du 20 juillet 2026 relatif à l'évolution de certains loyers — JORF n° 0169 du 22 juillet 2026 ; reconduction jusqu'au 31 juillet 2027
- Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement — JORF n° 0037 du 13 février 2026 ; applicable au 1er janvier 2027
- Décret n° 2019-914 du 30 août 2019 modifiant le code de l'organisation judiciaire (chambres de proximité) — JORF n° 0203 du 1er septembre 2019, tableaux annexés
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