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Nice · Alpes-Maritimes (06)

Expulser son locataire à Nice : meublés et bailleurs à distance

7 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat

tribunal judiciaire de NiceZone tendue

Expulser son locataire à Nice quand on loue meublé ou qu'on vit loin : même procédure, mais un bail, un tribunal et une représentation à bien choisir.

L'essentiel

Un meublé loué comme résidence principale suit les mêmes règles d'impayé qu'un logement vide : pour expulser son locataire à Nice, il faut un commandement de payer, un délai de six semaines en principe, puis un jugement. Le tribunal dépend de la commune : Nice relève du tribunal judiciaire de Nice, mais Cannes, Antibes et Cagnes-sur-Mer relèvent du tribunal de Grasse. Si vous vivez loin, vous n'êtes pas obligé de venir à l'audience : vous pouvez vous faire représenter. Une règle ne souffre aucune exception : ne changez jamais les serrures vous-même.

Un studio meublé près du port, un deux-pièces loué à l'année à un salarié, un propriétaire installé à Lyon, à Milan ou à Londres : vous vous reconnaissez peut-être dans l'une de ces situations. Expulser son locataire à Nice ne demande pas une procédure spéciale pour autant. Mais trois questions se posent avant tout acte. Votre contrat est-il vraiment un bail de résidence principale, ou une location saisonnière ? Quel tribunal est compétent pour l'adresse du logement ? Et comment suivre la procédure à distance, sans tout perdre faute de pouvoir vous déplacer ? Cette page répond aux trois.

Meublé à l'année ou location saisonnière : la première question

La loi du 6 juillet 1989 protège la résidence principale du locataire, définie comme le logement qu'il occupe au moins huit mois par an (article 2). Pour un meublé, c'est le titre Ier bis de la loi qui s'applique. Son article 25-3 rend applicables aux meublés plusieurs articles du régime général, dont l'article 24 sur la clause résolutoire. La clause résolutoire est la clause du bail qui met fin au contrat de plein droit en cas d'impayé, après un commandement resté sans effet.

Le bail meublé est conclu pour au moins un an et se reconduit tacitement d'année en année. Pour un étudiant, il peut être réduit à neuf mois, sans reconduction (article 25-7).

Une location de tourisme, elle, obéit à d'autres règles. Le code du tourisme définit le meublé de tourisme comme un logement offert à une clientèle de passage « qui n'y élit pas domicile », pour un séjour à la journée, à la semaine ou au mois (article L. 324-1-1). Si votre occupant est resté au-delà de son séjour, ce n'est pas la procédure décrite ici qui s'applique : la situation doit être qualifiée au cas par cas.

Ne reprenez jamais les lieux par vous-même

Changer la serrure, couper l'eau ou vider l'appartement pendant l'absence de l'occupant n'est pas une expulsion : c'est un délit. Le code pénal punit de trois ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende le fait de forcer un tiers à quitter le lieu qu'il habite sans le concours de l'État (article 226-4-2). Même pour un séjour de tourisme prolongé, l'expulsion d'un lieu habité exige en principe une décision de justice et un commandement de libérer les locaux (article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution).

Expulser son locataire à Nice : clause résolutoire ou congé ?

Face à un impayé en meublé, deux voies existent. Elles ne se valent pas.

Clause résolutoireCongé à l'échéance
TexteLoi de 1989, art. 24 et 25-3Loi de 1989, art. 25-8
Point de départCommandement de payer resté sans effetÉchéance annuelle du bail
DélaiSix semaines après le commandement, ou le délai écrit dans un bail en cours au 29 juillet 2023Préavis d'au moins trois mois avant l'échéance
MotifDéfaut de paiement du loyer ou des chargesReprise, vente, ou motif légitime et sérieux, comme l'impayé
Rôle du jugeConstate la résiliation, peut accorder des délais de paiement et suspendre la clauseVérifie, même d'office, la réalité du motif
Point d'attentionDélais de paiement possibles jusqu'à trois ansProtection du locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes, sauf si vous avez vous-même plus de 65 ans ou des ressources modestes

En cas d'impayé, la clause résolutoire est en général la voie la plus directe : elle ne vous oblige pas à attendre l'échéance du bail. Le congé reste utile si vous souhaitez, de toute façon, reprendre ou vendre le logement à son terme. Dans les deux cas, la dette reste due et se réclame à part. Notre guide sur le bail meublé et le loyer impayé détaille les deux voies.

Expulser son locataire à Nice : le tribunal selon la commune

Le bail d'habitation relève du juge des contentieux de la protection, un juge spécialisé du tribunal judiciaire. Dans les Alpes-Maritimes, le tableau annexé au code de l'organisation judiciaire découpe le département en plusieurs ressorts. Se tromper de tribunal fait perdre du temps.

Le tribunal judiciaire de Nice couvre Nice et de nombreuses communes de l'arrière-pays : La Trinité, Drap, Contes, Levens, Tourrette-Levens, Saint-André-de-la-Roche, la vallée de la Vésubie, la Tinée ou Puget-Théniers.

La chambre de proximité de Menton, rattachée au tribunal de Nice, couvre l'est du littoral : Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Beausoleil, Cap-d'Ail, Èze, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villefranche-sur-Mer, ainsi que la vallée de la Roya.

Le tribunal judiciaire de Grasse couvre l'ouest du département. Ses chambres de proximité traitent notamment Cannes et Le Cannet, Antibes, Biot et Vallauris, ainsi que Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var, Vence et Villeneuve-Loubet.

En appel, tous ces dossiers vont devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence.

Bailleur à distance : agir sans vous déplacer

Vivre loin de Nice n'empêche pas de mener une procédure. Encore faut-il l'organiser dès le départ.

  1. Confiez les actes à un commissaire de justice des Alpes-Maritimes. C'est l'officier public qui signifie, c'est-à-dire remet officiellement, le commandement de payer puis l'assignation au locataire.
  2. Rassemblez les pièces en version numérique. Bail, état des lieux, décompte des loyers et des charges, relevés de compte prouvant les versements reçus, échanges avec le locataire.
  3. Organisez votre représentation à l'audience. Devant le juge des contentieux de la protection, l'avocat n'est pas obligatoire (article 761 du code de procédure civile). Vous pouvez vous faire représenter par un avocat. Votre conjoint, votre partenaire de PACS, votre concubin ou certains membres de votre famille peuvent aussi le faire, munis d'un pouvoir spécial (article 762).
  4. Restez joignable. Le juge peut accorder des délais de paiement au locataire, même d'office. Votre représentant doit connaître votre position à l'avance.

Notre guide sur l'audience devant le juge des contentieux de la protection explique ce qui s'y joue et comment s'y préparer.

Avant et après le jugement : préfet, délais, force publique

Avant l'audience, l'État intervient déjà. Le commissaire de justice notifie l'assignation au préfet des Alpes-Maritimes au moins six semaines avant l'audience, par voie électronique. Ce délai se compte à rebours : il commence la veille de l'audience, expire le 42e jour à zéro heure et ne peut pas être prorogé (avis de la Cour de cassation du 6 novembre 2025). Le préfet saisit ensuite un organisme chargé d'un diagnostic social et financier du locataire, transmis au juge avant l'audience. Si vous êtes un particulier et que l'impayé atteint deux mois ou deux loyers hors charges, le commandement de payer aura aussi été signalé à la commission de prévention des expulsions du département, la CCAPEX.

Un jugement d'expulsion ne vide pas le logement. Le commissaire de justice signifie d'abord un commandement de quitter les lieux. L'expulsion ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois, sauf exceptions prévues par l'article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution. Le juge peut aussi accorder à l'occupant des délais d'un mois à un an (articles L. 412-3 et L. 412-4 du même code).

Du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion n'est exécutée : c'est la trêve hivernale. Si l'occupant refuse de partir, le commissaire de justice demande au préfet des Alpes-Maritimes le concours de la force publique, c'est-à-dire l'intervention de la police. Tout cela est détaillé dans notre guide du commandement de quitter les lieux.

Pour un bailleur à distance, c'est aussi le moment de prévoir la suite : remise des clés, état des lieux de sortie, sort des meubles laissés sur place. Ces étapes se déroulent sur place : désignez à l'avance la personne qui récupérera les clés en votre nom.

Zone tendue, sans encadrement des loyers

Nice figure sur la liste des communes en zone tendue, annexée au décret n° 2013-392 du 10 mai 2013. L'encadrement des loyers, en revanche, ne s'y applique pas : la ville ne figure pas sur la liste officielle des territoires concernés.

Pour un meublé, la zone tendue change peu de choses au préavis : le locataire peut toujours partir avec un mois de préavis (article 25-8). Son départ volontaire met fin à l'occupation, pas à la dette : les loyers impayés restent exigibles et peuvent être réclamés en justice.

Coût de la procédure et accompagnement

Les actes du commissaire de justice ne sont pas facturés librement : ils relèvent d'un tarif réglementé. Nos conditions sont détaillées sur la page tarifs.

expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents dans les Alpes-Maritimes, ce qui permet à un bailleur éloigné de garder un seul interlocuteur. Aucune issue ne peut être garantie : le juge apprécie chaque situation.

Ailleurs dans la région, d'autres questions dominent. L'état des immeubles et les arrêtés de mise en sécurité sont traités sur notre page pour expulser son locataire à Marseille. Les logements étudiants et les colocations font l'objet de notre page pour expulser son locataire à Aix-en-Provence. Pour le Var, lisez notre page pour expulser son locataire à Toulon. Toutes les villes figurent sur notre page expulsion locataire par ville.

Pour expulser son locataire à Nice depuis chez vous, vérifiez d'abord la nature du bail et le tribunal de l'adresse, puis organisez votre représentation. Notre diagnostic gratuit vous indique en quelques minutes la procédure qui s'applique à votre meublé.

Questions fréquentes des bailleurs à Nice

Mon locataire en meublé ne paie plus : la procédure est-elle la même que pour un logement vide ?
Oui, dès lors que le meublé est sa résidence principale. L'article 25-3 de la loi du 6 juillet 1989 rend l'article 24 applicable aux meublés : commandement de payer, délai de six semaines, assignation notifiée au préfet et délais de paiement possibles.
J'habite à l'étranger : dois-je venir à l'audience à Nice ?
Non. Devant le juge des contentieux de la protection, l'avocat n'est pas obligatoire, mais vous pouvez vous faire représenter par un avocat. Un proche peut aussi vous représenter s'il fait partie des personnes prévues par le code de procédure civile et dispose d'un pouvoir spécial.
Mon appartement est à Cagnes-sur-Mer : le tribunal de Nice est-il compétent ?
Non. Cagnes-sur-Mer, comme Cannes et Antibes, relève du tribunal judiciaire de Grasse, par ses chambres de proximité. Le tribunal judiciaire de Nice couvre Nice et une partie de l'arrière-pays, et sa chambre de proximité de Menton couvre l'est du littoral.
Puis-je simplement ne pas renouveler le bail meublé de mon locataire ?
Oui, en lui donnant congé au moins trois mois avant l'échéance, avec un motif : reprise, vente, ou motif légitime et sérieux comme des impayés répétés. Le congé ne règle pas la dette et prend du temps : en cas d'impayé, la clause résolutoire est souvent la voie la plus directe.
Le locataire d'une location saisonnière refuse de partir : que faire ?
Une location de tourisme consentie à une clientèle de passage n'est pas un bail de résidence principale. Vous ne pouvez pas pour autant changer les serrures : l'expulsion d'un lieu habité exige en principe une décision de justice et un commandement de libérer les lieux. Faites qualifier la situation avant d'agir.

Sources

  1. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-3 — Meublés constituant la résidence principale : articles applicables, dont l'article 24, version en vigueur depuis le 24 août 2022
  2. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-7 — Durée du bail meublé : au moins un an, neuf mois pour un étudiant
  3. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 25-8 — Congé et préavis en meublé, version en vigueur depuis le 29 juillet 2023
  4. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 2 — Définition de la résidence principale, version en vigueur depuis le 29 juillet 2023
  5. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Version en vigueur depuis le 29 juillet 2023, issue de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023
  6. Code du tourisme, article L. 324-1-1 — Définition du meublé de tourisme (I)
  7. Code de procédure civile, articles 761 et 762 — Dispense d'avocat devant le juge des contentieux de la protection et représentation des parties
  8. Code des procédures civiles d'exécution, article L. 411-1 — Expulsion subordonnée à une décision de justice et à un commandement
  9. Code pénal, article 226-4-2 — Expulsion sans le concours de l'État : trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende
  10. Code de l'organisation judiciaire, annexe tableau IV — Ressort des tribunaux judiciaires de Nice et de Grasse et de leurs chambres de proximité, version en vigueur
  11. Décret n° 2013-392 du 10 mai 2013, annexe — Liste des communes en zone tendue (1°), agglomération de Nice
  12. Cour de cassation, avis du 6 novembre 2025 — Cass. 3e civ., avis, 6 nov. 2025, n° 25-70.018, publié au Bulletin

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