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Expulser son locataire à Paris : tribunal, délais, encadrement
8 min de lectureRévisé par Me Pierre-Louis Roquet, avocat
Expulser son locataire à Paris, c'est un seul tribunal, des loyers encadrés et un préfet de police qui décide de la force publique. Ce qu'il faut vérifier.
Pour expulser son locataire à Paris, il faut un jugement du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, seul compétent pour les vingt arrondissements. La procédure est celle de toute la France : commandement de payer, assignation notifiée au préfet six semaines avant l'audience, jugement, puis commandement de quitter les lieux. Deux points pèsent davantage à Paris : l'encadrement des loyers, que le locataire peut invoquer pour contester sa dette, et la décence des très petites surfaces. Enfin, c'est le préfet de police qui décide d'accorder ou non la force publique.
Vous louez un studio, une chambre sous les toits ou un deux-pièces, et les loyers ne sont plus payés. Expulser son locataire à Paris obéit à la même loi que partout en France : la loi du 6 juillet 1989 et le code des procédures civiles d'exécution. Ce qui change, c'est l'environnement du dossier. Un tribunal unique pour toute la ville. Des loyers plafonnés par arrêté. Des petites surfaces, où la décence du logement se discute vite. Et une préfecture de police qui instruit chaque demande de force publique. Cette page vous dit, dans l'ordre, ce qu'il faut vérifier avant d'agir.
Expulser son locataire à Paris : le tribunal compétent
Les litiges de bail d'habitation relèvent du juge des contentieux de la protection. C'est un juge spécialisé du tribunal judiciaire, chargé notamment des locations de logement (article L. 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire).
À Paris, la question du tribunal ne se pose pas. Le tableau annexé au code de l'organisation judiciaire fixe le ressort du tribunal judiciaire de Paris à la « Ville de Paris », sans chambre de proximité. Que votre logement soit dans le 7e ou dans le 20e arrondissement, c'est ce tribunal qui sera saisi. En cas d'appel, l'affaire est portée devant la cour d'appel de Paris.
Le juge ne se saisit pas seul. Le dossier s'ouvre avec l'assignation : l'acte qui convoque le locataire à l'audience, délivré par un commissaire de justice (l'officier public qui a remplacé l'huissier).
Expulser son locataire à Paris : étapes et délais
Voici le chemin complet, avec le texte qui fixe chaque délai.
| Étape | Délai | Texte |
|---|---|---|
| Commandement de payer visant la clause résolutoire | Six semaines pour payer ; délai écrit au bail, souvent deux mois, pour un bail en cours au 29 juillet 2023 | Loi de 1989, art. 24, I ; avis du 13 juin 2024 |
| Signalement à la CCAPEX (bailleur particulier) | Dès deux mois d'impayés continus ou une dette égale à deux loyers hors charges | Loi de 1989, art. 24, I |
| Notification de l'assignation au préfet | Au moins six semaines avant l'audience, comptées à rebours | Loi de 1989, art. 24, III ; avis du 6 novembre 2025 |
| Remise de l'assignation au greffe | Au moins quinze jours avant l'audience | Code de procédure civile, art. 754 |
| Audience et jugement | Délais de paiement possibles jusqu'à trois ans | Loi de 1989, art. 24, V |
| Commandement de quitter les lieux | Deux mois avant toute expulsion, sauf exceptions | CPCE, art. L. 412-1 |
| Trêve hivernale | Aucune expulsion du 1er novembre au 31 mars | CPCE, art. L. 412-6 |
La clause résolutoire est la clause du bail qui met fin au contrat de plein droit en cas d'impayé. Elle ne joue qu'après un commandement de payer resté sans effet. Le délai de six semaines est la règle depuis la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023. Pour un bail signé avant le 29 juillet 2023 et jamais renouvelé, la Cour de cassation a jugé que le délai écrit dans le bail reste applicable. Si votre bail a été renouvelé mais que sa clause prévoit encore deux mois, retenez le délai le plus long. Nous détaillons ce point dans notre guide sur le délai du commandement de payer.
L'autre délai à surveiller est celui de la notification au préfet. Il se compte à rebours : il commence la veille de l'audience et expire le 42e jour, à zéro heure. Il ne peut pas être prorogé, et une notification tardive rend la demande irrecevable.
L'encadrement des loyers, un moyen de défense propre à Paris
Depuis le décret n° 2019-315 du 12 avril 2019, l'encadrement des loyers s'applique sur l'intégralité du territoire de la ville de Paris. Chaque année, le préfet de la région Île-de-France fixe par arrêté un loyer de référence au mètre carré, par catégorie de logement et par secteur. Le loyer de référence majoré est supérieur de 20 % à ce loyer de référence. Le loyer de base de votre bail ne doit pas le dépasser (article 140 de la loi ELAN du 23 novembre 2018).
Pourquoi cela compte-t-il pour une expulsion ? Parce que le locataire assigné peut répondre par une action en diminution de loyer. Elle est ouverte si le loyer de base dépasse le loyer de référence majoré en vigueur à la date de signature du bail. Le trop-perçu vient alors en déduction de la dette. Un complément de loyer, lui, doit être justifié par des caractéristiques de localisation ou de confort qui distinguent le logement de ceux du même secteur. Il est exclu, entre autres, pour un logement classé F ou G, et le locataire peut le contester devant la commission départementale de conciliation dans les trois mois suivant la signature du bail.
Le préfet peut aussi, de son côté, mettre en demeure le bailleur et prononcer une amende d'au plus 5 000 € pour une personne physique. Enfin, le dispositif reste expérimental : la loi l'a institué pour huit ans à compter de sa publication, soit jusqu'en novembre 2026, sauf décision contraire du législateur.
L'article 24, V de la loi de 1989 prévoit que le juge « peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative ». Il peut aussi contrôler le respect de l'obligation de délivrer un logement décent. Un loyer au-dessus du plafond ou un logement non décent peuvent donc être examinés à l'audience, même si le locataire ne dit rien.
Petites surfaces : la décence, angle mort des bailleurs parisiens
Le bailleur doit remettre un logement décent (article 6 de la loi de 1989). Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 précise ce que cela veut dire. La pièce principale doit offrir soit au moins 9 m² avec 2,20 m sous plafond, soit au moins 20 m³ de volume habitable. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au diagnostic de performance énergétique n'est plus décent. Le seuil passera à la classe E en 2028, puis à la classe D en 2034.
Ces règles ne sont pas théoriques. Dans un arrêt du 17 décembre 2015, publié au Bulletin, la Cour de cassation a examiné le cas d'un studio de 8,70 m² loué meublé à Clichy. Le bailleur avait fait délivrer un commandement, puis demandé la résiliation et l'expulsion. Il n'a pas obtenu l'acquisition de la clause résolutoire et a été condamné à restituer les loyers perçus. La Cour a aussi jugé qu'un règlement sanitaire départemental plus exigeant que le décret de 2002 s'applique. Paris a son propre règlement sanitaire, issu d'un arrêté du 20 novembre 1979 : faites vérifier ses exigences pour un très petit logement.
Si votre logement est en limite de surface ou mal classé, ne lancez pas la procédure à l'aveugle. Notre guide sur le logement indécent et le loyer impayé fait le point sur ce que les juges admettent.
Zone tendue : ce qui change pour le locataire et la relocation
Paris figure sur la liste des communes en zone tendue, annexée au décret n° 2013-392 du 10 mai 2013. Deux conséquences pratiques en découlent.
D'abord, votre locataire peut quitter un logement vide avec un préavis d'un mois seulement (article 15 de la loi de 1989). Un locataire en difficulté part parfois de lui-même après le commandement. Son départ met fin à l'occupation, pas à sa dette : les sommes dues restent exigibles.
Ensuite, la relocation est encadrée. Le nouveau loyer de base ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré. Il reste aussi limité, sauf exceptions, par le dernier loyer du locataire précédent : c'est la règle du décret n° 2017-1198 du 27 juillet 2017, prorogé chaque année. Un logement repris après une expulsion ne se reloue donc pas « au prix du marché ».
Un commandement de payer délivré pour une somme trop élevée reste valable à hauteur de la dette réelle (Cass. 3e civ., 7 décembre 2004, n° 03-17.420, non publié). Mais un décompte gonflé par un loyer trop élevé offre au locataire un terrain de contestation. Avant d'agir, comparez votre loyer de base au loyer de référence majoré en vigueur à la date de signature du bail, et rassemblez la justification de tout complément de loyer.
Préfet de police, CCAPEX et FSL : les interlocuteurs parisiens
Trois acteurs publics interviennent dans une expulsion à Paris.
La CCAPEX. C'est la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Si vous êtes un particulier, le commissaire de justice lui signale le commandement dès que l'impayé dure depuis deux mois ou atteint deux loyers hors charges.
Le fonds de solidarité pour le logement (FSL). Il peut aider le locataire à régler sa dette. L'adresse du FSL de Paris doit figurer dans le commandement de payer, à peine de nullité.
Le préfet de police. À Paris, c'est lui qui statue sur le concours de la force publique, c'est-à-dire l'intervention de la police pour faire sortir l'occupant. Selon la Ville de Paris, il fait mener une enquête, le commissariat peut convoquer le locataire, puis la préfecture accorde le concours ou fixe des délais. Si l'État refuse son concours, ce refus ouvre droit à réparation (article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution). Tout est expliqué dans notre guide du concours de la force publique.
Coût de la procédure et rôle de chacun
Les actes du commissaire de justice sont rémunérés selon un tarif réglementé, fixé par les pouvoirs publics. Vous trouverez nos conditions sur la page tarifs. En cas de condamnation, les frais de la procédure peuvent être mis à la charge du locataire.
expulsezvotrelocataire.fr n'est ni commissaire de justice ni avocat : il coordonne les professionnels compétents à Paris. Chaque acte est délivré par un commissaire de justice, chaque audience est préparée par un avocat si vous le souhaitez. Aucun résultat ne peut être promis : le juge apprécie chaque dossier.
Les mêmes règles valent ailleurs, avec d'autres tribunaux et d'autres préfectures. Lyon et Lille appliquent aussi l'encadrement des loyers : voyez comment expulser son locataire à Lyon et comment expulser son locataire à Lille. Pour un parc ancien et souvent dégradé, lisez aussi expulser son locataire à Marseille. Toutes les villes sont réunies sur notre page expulsion locataire par ville.
Pour expulser son locataire à Paris sans faux pas, tout se joue avant le commandement : le bon délai, un loyer conforme et un logement décent. Faites le point en quelques minutes avec notre diagnostic gratuit.
Questions fréquentes des bailleurs à Paris
- Quel tribunal est compétent pour expulser un locataire à Paris ?
- Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris. Son ressort couvre toute la Ville de Paris et il n'existe pas de chambre de proximité dans la capitale. En cas d'appel, l'affaire est portée devant la cour d'appel de Paris.
- Mon locataire peut-il invoquer l'encadrement des loyers pour ne plus payer ?
- Non, il doit continuer à payer le loyer prévu au bail. En revanche, il peut engager une action en diminution si le loyer de base dépasse le loyer de référence majoré en vigueur à la signature. Le trop-perçu éventuel vient alors en déduction de la dette, ce qui peut fragiliser le décompte du commandement de payer.
- Peut-on expulser le locataire d'une chambre de moins de 9 m² ?
- C'est risqué. Un logement dont la pièce principale fait moins de 9 m² et moins de 20 m³ n'est pas décent. Dans une affaire jugée en 2015, un bailleur n'a pas obtenu la résiliation de plein droit du bail et a dû restituer les loyers. Faites examiner le dossier avant tout commandement.
- Qui accorde la force publique pour une expulsion à Paris ?
- À Paris, c'est le préfet de police. Saisi par le commissaire de justice, il fait mener une enquête, au cours de laquelle le commissariat peut convoquer le locataire, puis accorde le concours ou fixe des délais. Un refus de l'État ouvre au bailleur un droit à réparation.
- Mon bail parisien date de 2021 : six semaines ou deux mois ?
- Si le bail a été signé avant le 29 juillet 2023 et n'a pas été renouvelé depuis, le délai écrit dans le bail s'applique, en général deux mois. La Cour de cassation l'a précisé dans un avis du 13 juin 2024. Pour un bail renouvelé dont la clause prévoit encore deux mois, retenez par prudence le délai le plus long.
Sources
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 — Version en vigueur depuis le 29 juillet 2023, issue de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023
- Cour de cassation, avis du 13 juin 2024 — Cass. 3e civ., avis, 13 juin 2024, n° 24-70.002, publié au Bulletin
- Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (ELAN), article 140 — Dispositif expérimental d'encadrement des loyers, version en vigueur depuis le 24 août 2022
- Décret n° 2019-315 du 12 avril 2019 — Périmètre de l'encadrement des loyers : intégralité du territoire de la ville de Paris
- Décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif au logement décent, article 4 — Surface et volume minimaux de la pièce principale, version en vigueur depuis le 1er juillet 2021
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 17 décembre 2015 — Cass. 3e civ., 17 déc. 2015, n° 14-22.754, publié au Bulletin
- Décret n° 2013-392 du 10 mai 2013, annexe — Liste des communes en zone tendue (1°), version issue du décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025
- Code de l'organisation judiciaire, annexe tableau IV — Siège et ressort des tribunaux judiciaires et des chambres de proximité, version en vigueur
- Code des procédures civiles d'exécution, article L. 412-6 — Trêve hivernale, version en vigueur depuis le 29 juillet 2023
- Encadrement des loyers : communes concernées — Service-public.gouv.fr, fiche F1314
- Prévenir les expulsions locatives — Ville de Paris, paris.fr
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 7 décembre 2004 — Cass. 3e civ., 7 déc. 2004, n° 03-17.420, non publié au Bulletin
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